Mephistopheles flying over Wittenberg, in a lithograph by Eugene Delacroix

 

 

 

 

 

 

« LE CHATEAU DE MEPHISTOFELES »


OU

« L'EXAMEN DE FAUSTOLOGIE »
_________________

(FARCE PORNOTRAGIQUE EN SEPT SCENES)

 


       

 

 

 

 

 

 

Dans un instant va commencer

Une nouvelle pièce…

Un dilettante l'a écrite
Et des dilettantes la jouent
 537
               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PERSONNAGES

 



ORDINAIRES :


 

Maggie, l'érothérapeute

Wagner, l'Interne en Médecine

 



EXTRAORDINAIRES :

 

(dans le désordre)

 

LESSING

 

LENAU

 

LISZT

 

GOETHE

 

BOULGAKOV

 

PESSOA

 

MURNAU

 

T.MANN

 

P.VALERY

 

MARLOWE

 

 

 

 


VOIX :


Dumas, Avenarius, Benavente, Beskov, Borrow, Brödy, Butor, Coelho de Carvalho, Durrell, Edwards, Esclasans, Ficke, González Paredes, Grabbe, Gerschunoff, Heine, Holtei, Kerouac, Klingemann, Landolfi, Lee, Lenz, Lunatcharsky, Maragall, Mountford, Müller, Nye, Pagani, Petit, Pfitzer, Pouchkine, Schink, Soane, Spieeelhagen, Tourgueniev, Sito, Valera, Villalonga, Von Chamisso, Widmann, Wolfram, et beaucoup d'autres auteurs de Faust moins connus.



MUSIQUE, CHŒURS ET CHANSONS :
Berlioz, Boito, Busoni, Gounod, Liszt, Schumann,
Strauss J., Wagner, etc., etc.

 

 

GOUNOD

 

BOITO

 

BUSONI

 

LISZT

 

 

SCHUMANN

BERLIOZ

      

 

 

 

 

SCENE  1

_________

PESSOA


(Le rideau s'ouvre sur une scène inondée d'une lumière rouge. Dans un coin, assis sur une malle à moitié ouverte, pleine de manuscrits, un homme petit et frêle  -Fernando Pessoa- vêtu d'un costume semblable à celui de Charlie Chaplin du cinéma muet, est en train d'écrire sur un immense livre de comptabilité. Au fond on voit une sorte de comptoir qui pourrait être une table de jury d'examens ou celle d'un tribunal ou bien, le bar d'un cabaret. Sur un côté s'ouvre la porte de la «Fornicatiozimmer», où l'on aperçoit un divan. L'ambiance devra être constamment ambiguë pour que le spectateur ait l'impression d'assister tantôt à un jugement, tantôt à une soutenance de thèse et, parfois, à une discussion entre amis qui font la noce dans un bordel. Mais, surtout, le décor doit donner l'impression d'une scène onirique, d'une situation qui pourrait être rêvée par le spectateur lui-même.)

WAGNER

(Blouse blanche, stéthoscope autour du cou ; il entre précipitamment.)

Diable ! Je suis en retard ! Je me suis endormi sur mes livres en révisant mon examen !

 (Etonné, il regarde le bureau central.)

Qu'est-ce que je fais ici ? Et quelle heure est-il ? 538 Où sont les examinateurs ? J'espère qu'ils ne sont pas repartis, las de m'attendre… Damné Belzébuth ! Et si j'étais en train de rêver ? Combien de fois ai-je rêvé que je repassais mon baccalauréat ! Encore aujourd'hui, alors que je suis presque Docteur en Médecine, il m'arrive de rêver que je me trouve de nouveau au lycée face aux examinateurs en ayant tout oublié, absolument tout. Je ne me rappelle même pas la règle de 3. Ni comment on extrait une racine carrée ou comment on résout une équation algébrique. Quelle angoisse ! Et maintenant ? Je rêve peut-être encore  539 que je dois passer mon examen, alors qu'en réalité je suis déjà médecin depuis longtemps.

(Il se pince les joues, se tire les oreilles, se frappe le front)

Non… Non… Je suis bien réveillé et je dois affronter le plus terrible des jurys. Si j'échoue à mon examen, jamais je ne serai « Docteur » !


(On entend la mélodie sensuelle d'un saxophone. Une puissante lumière éclaire un escalier dans un angle de la scène.  Une infirmière sculpturale descend lentement, au rythme de la musique. Elle porte une blouse blanche courte et chausse des souliers aux talons vertigineux. Sa longue chevelure blonde est coiffée d’une toque qui met en valeur son visage angélique, malgré le maquillage provocant des yeux.)

UNE VOIX

(Accompagnée de trois coups qui font sursauter Pessoa. Le poète –interprété par un mime- nettoie ses lunettes rondes, lisse ses moustaches, ajuste son nœud papillon, astique ses mancherons de comptable et se sert un verre d'eau de vie d'une bouteille noire dissimulée dans son porte-documents.)


- Madame Maggie, Intendante et Erothérapeute du Château de Méphistophélès !

WAGNER

 Sainte Vierge ! Je suis vraiment en train de rêver !

(Il se donne des claques et se pince le visage et le corps.)
    MAGGIE

(S'approchant avec une grâce féline, elle lui prend d'une main son stéthoscope dans un geste câlin et de l'autre, lui caresse la nuque.)

C'est la première fois que le Docteur vient ici ?

WAGNER

Je ne suis pas encore Docteur,  Mamamimamimamimimima540  … Pardon, Ma… Madame Maggie… Je suis ici justement pour passer mon examen de doctorat.


MAGGIE

Votre examen de doctorat ? Ici ? Au «Château de Méphistophélès», la Clinique d'Amour la plus fameuse de Hambourg ?

WAGNER

Je me suis sûrement trompé d'adresse, Mamamimamimamimimima… Madame. D'ailleurs, je ne sais pas ce que je fais à Hambourg… Je ne suis jamais venu en Allemagne…

MAGGIE

Et quel âge a le Docteur ?

WAGNER

Vingt-trois ans, Mamamimamimamimimima… Madame.


MAGGIE

Tu peux m'appeler Maggie, mon biquet. Je ne suis pas mariée, heureusement ! J'apprécie que les hommes me respectent, mais pas qu'ils me craignent. Je crois que tu es encore trop jeune. Tu ne sais pas t'y prendre avec les femmes. Mais tu as de la chance, mon chou. Je suis l'une des meilleures érothérapeutes de ce pays. Nous verrons si le client que j'attends souffre de moins d'inhibitions que toi.


UNE VOIX

(Accompagnée de trois coups. Nouveaux sursauts de Pessoa qui, à partir de cet instant et jusqu'à la fin de la farce, essayera en vain -en faisant dans un mutisme total des mimiques chaplinesques- de participer aux évènements.)

 

Herr Gotthold Ephraïm Lessing, essayiste et dramaturge de profession !

LESSING

 (Un homme mûr, vêtu à la mode allemande du XVIIIe siècle)

Alors, c'est ça le célèbre «Château de Méphistophélès» ? J'ai entendu dire beaucoup de choses excellentes et fort flatteuses sur cette maison ,541mais je croyais que c'était un bordel beaucoup plus fréquenté… J'ai une soif d'enfer. On m'a dit aussi qu'ici on servait la meilleure bière de toute l'Europe.

 (Impatient)

Holà, l'hôtesse ! Où sont les filles ?542  Y-a-t-il quelqu'un pour me servir une bière ?

MAGGIE

 Entrez, entrez Herr Lessing ! Je vous attends depuis un moment. Vous arrivez un peu tard. Toutes les érothérapeutes sont occupées. Elles travaillent dans leurs chambres. Heureusement que j'ai reçu votre message à temps. Sinon je serais en train de masser ce jeune Docteur…

(Elle sourit à Wagner puis, se dirige vers le bureau. Elle change son costume d'infirmière pour un mignon tablier de dentelle et une petite coiffe de dentelle blanche. 543 Elle revient avec un grand pichet de bière qu'elle dépose sur un guéridon, face à Lessing, qui reste bouche bée devant la nudité quasi totale de Maggie.)

WAGNER

Moi aussi j'aimerais bien prendre une bière… et savoir qui est mon heureux rival !


MAGGIE

Ne sois pas jaloux, mon chéri. C'est la seule règle de courtoisie dans cette maison. Et puis, il n'y a pas de quoi s'inquiéter : avec ce que m'a donné la Nature (elle se tape les fesses) je peux épuiser tout un bataillon en une nuit.

(Elle retourne vers le bureau, revient avec un second pichet de bière et invite Wagner à se joindre à Lessing.)

Permets-moi de te présenter Herr Gotthold Ephraïm Lessing…

WAGNER

 Très honoré. Je m'appelle Wagner et je suis interne en médecine. Bientôt je serai Docteur, bien que je ne sois pas Allemand. Je suis né au Chili.

LESSING

Ravi de vous connaître. Comme ça, je pourrai pratiquer l'espagnol, langue que je maîtrisais à la perfection dans ma jeunesse. Je suis celui qui fit connaître en Allemagne Juan Huarte, le philosophe castillan.

WAGNER

Pardonnez-moi, Herr Lessing. Je ne suis ici que depuis peu, et je voudrais bien apprendre quelque chose de bien,544 mais en bon interne en médecine, je suis complètement ignorant de tout ce qui ne concerne pas ma spécialité. Je ne comprends rien à la littérature et à la philosophie. Si cela ne vous ennuie pas, j'aimerais beaucoup savoir qui vous êtes.

MAGGIE

Excellente idée ! Comme ça, je connaîtrai mieux mon nouveau client.

 (Elle prend une chaise et s'assoit à califourchon pour écouter la conversation.)

LESSING

(Avalant une large rasade de bière)

Je suis né en 1729 dans la petite ville de Kamenz et je suis mort en 1781 à Wolfenbuttel, alors que je venais tout juste d'avoir cinquante-deux ans…

MAGGIE

 Cinquante-deux ans ! Vous êtes très bien conservé pour votre âge, Herr Lessing. Vous n'avez pas pris une seule ride après votre décès !


LESSING

Merci, Chère Madame. A vrai dire, j’aurais bien voulu vivre quelques années de plus pour mieux assurer ma renommée posthume.

MAGGIE

Nous sommes ici pour vous aider, Herr Lessing. Continuez, s'il vous plait…

LESSING

 

Bien. Je continue : mon père était un pasteur luthérien qui rêvait de faire de moi un grand théologien. Mais je préférais la littérature, surtout le drame. A vingt-deux ans, j'ai abandonné mes études de théologie pour écrire et présenter ma première pièce, Un jeune savant. Mon succès fut aussi foudroyant qu'éphémère, même si des drames comme Nathan le Sage, ou bien des essais théoriques comme La Dramaturgie de Hambourg (dédiée à cette ville où nous sommes), me valurent après ma mort une place d'honneur en tant que père du théâtre moderne allemand.

WAGNER

Rien d'étonnant ! On dit qu'un écrivain véritable doit vivre au moins deux fois. La première fois pour écrire. La deuxième pour être célèbre.

LESSING

 

Pourtant, j'aurais pu être célèbre de mon vivant grâce à la plus belle de mes pièces, Doktor Faust, dont il ne reste aujourd'hui que quelques fragments. Ce Faust, qui aurait pu m'assurer une immortalité bien plus brillante que celle que je possède, me fut volé et plagié…

WAGNER ET MAGGIE

 (A l'unisson)

Volé !

 

 (Pessoa tend l'oreille pour ne perdre aucun détail de ce qui est dit. Il écrit à toute vitesse et longuement dans son cahier.)

LESSING

Oui ! Volé par un écrivain sans scrupules qui porte la gloire qui aurait dû être la mienne : Johann Wolfang Goethe, fils-à-papa et thuriféraire de la maison ducale de Weimar.

WAGNER ET MAGGIE

 Goethe ! Le célèbre poète allemand, un voleur ?

LESSING

Parfaitement ! Il faut dire que j'étais un dramaturge indécis et dépourvu de foi et d’espérance.545 Tout en travaillant à mon Faust, je correspondais avec des amis afin de leur demander conseil. Goethe, grâce aux commérages littéraires qui ont accompagné et accompagneront toujours le monde de la littérature, eut ainsi connaissance de l'existence de ma pièce. Or, lui aussi projetait d'écrire un drame sur Faust et il imagina un plan pour s'emparer de mon œuvre. Pauvre de moi ! Goethe profita de ma mauvaise habitude de confier à n'importe qui le transport de mes manuscrits. Sournoisement, il paya et obtint d'un cocher qu'il lui remît la valise qui contenait le seul exemplaire de mon Faust. Pour comble de malheur, mon épouse adorée mourut peu de temps après, suivi de notre fils unique. Alors, accablé par tant de souffrances, je me laissai mourir de chagrin…

WAGNER

 Mes sincères condoléances tant pour la mort de votre épouse, que pour la mort de votre fils, et aussi, pour votre propre mort, Herr Lessing. Mais, dites-moi, comment savez-vous que Goethe a volé votre Faust ?

LESSING

Il suffirait de dire que Goethe, tout comme le cocher et moi-même, sommes tous les trois en Enfer. Et, en Enfer, tout se sait, notamment les péchés commis par chacun. Mais je préfère vous faire part de plusieurs faits précis : je fus dépouillé de mon manuscrit en 1775. Peu de temps après Goethe arrivait à Weimar avec un Faust (le mien), dont la lecture lui servirait pour séduire la jeunesse de la cour. Il fit donc copier mon Doktor Faust par une de ses amoureuses, Fräulein Louise von Göchhausen, qui reçut la mission de brûler ensuite l'original.

MAGGIE

Fräulein Louise von Göchhausen, maîtresse de Goethe ?

LESSING

Il en a eu des dizaines, grâce à son pouvoir comme haut fonctionnaire de la Cour. Goethe était un infatigable coureur de jupons, Mademoiselle Maggie. En tout cas, Fräulein von Göchhausen, amoureuse ou pas, copia très mal mon manuscrit. Et c'est cette copie, truffée d'erreurs, qu'on appelle l'Urfaust de Goethe. Celui-ci attendit mon décès avant de faire une première tentative de publication, en 1790, puis une autre en 1808, quand tout danger de voir découvert son plagiat était écarté. Je crois que de tous les tourments que j'ai endurés en Enfer, aucun n'a été plus douloureux que celui d'assister, impuissant, au triste destin de mon Faust.

MAGGIE

 Heureusement que tu es au «Château de Méphistophélès», mon amour. C'est le meilleur endroit pour oublier toutes ses peines. Je suis à ton entière disposition. Si tu veux, nous pouvons passer immédiatement dans mon cabinet de travail, la Fornicatiozimmer. Tu sais, je veux du bien à tous les hommes !546  Il n'y a aucune masseuse plus experte que moi dans tout le quartier de Sankt-Pauli !

LESSING

(Avec un sourire amer)

 Merci, mille fois merci, chère Fräulein. C'est pour cela que j'ai demandé à Belzébuth de passer quelques jours ici. Hélas ! Le souvenir de ma famille et de Goethe m'a totalement déprimé. Je ne crois pas que mon organe viril sera capable de redresser la tête. Et pour ne pas courir le risque de vous décevoir, je préfère rester seul avec mes regrets.

MAGGIE

 Ah non ! Si ça continue comme ça, on va tous pleurer et je vais perdre ma réputation.

(Elle se lève pour aller chercher de la bière, et soudain s'exclame avec enthousiasme)

J'ai une bonne idée ! Pour ne pas nous ennuyer, nous allons convoquer ce Monsieur Goethe. Nous nous installerons derrière le bureau et nous le jugerons au nom du patron de notre établissement. Tout est possible au «Château de Méphistophélès» !

 

 

 (Eclairs, tonnerre, fumée, musique. Brève mais totale obscurité.)

 

 

 

 



SCENE  II
----------


(La lumière se concentre sur le bureau, derrière lequel sont assis Lessing et Wagner, habillés en juges. Pessoa reste dans son coin, se préparant à prendre des notes du procès. Maggie sort de la Fornicatiozimmer parée également d'un costume de juge, mais en tissu rouge transparent et fendu de chaque côté, de la taille jusqu'aux pieds.)


MAGGIE

Je suis désolée ! Il m'a fallu du temps pour me changer.

 (Elle s'arrête un instant pour fixer ses bas résille à son porte-jarretelles. Puis, s'asseyant entre ses deux collègues, elle croise haut les jambes, les exhibant généreusement par-dessous le bureau.)

WAGNER

(Subitement imbu de son importance comme membre du jury)

Herr Lessing nous fera l'honneur de présider ce tribunal…

LESSING

Non, non ! Sous aucun prétexte. C'est à Fräulein Maggie que revient cet honneur.

MAGGIE

Je vous remercie, Herr Lessing. On voit que vous savez comment mener les femmes ! Mais ne perdons pas davantage de temps…

 (Elle donne trois coups de marteau)

 Que l'accusé Johann Wolfang Goethe comparaisse !

(Un rideau s'entrouvre sur un vieil homme bossu qui boutonne maladroitement son pantalon. Un coup de pied sonore, lancé par un démon, le fait trébucher et tomber au milieu de la scène. Pessoa se précipite pour l'aider, mais trop tard. Il s'arrête et retourne dans son coin.)

GOETHE

(Utilisant les mots du Doktor Faust de Lessing)

 

 

Wer ist der Mächtige, dessen Rufe ich gehorchen muss ! Du? Ein Sterblicher? Wer lehrte dich diese gewaltige Worte?547

 

(Il finit de réajuster ses vêtements, un somptueux costume du début du XIXe siècle, en soie, brodé d'or et de pierreries. Le vieil homme porte une longue perruque argentée, ses doigts sont recouverts de bijoux.)

LESSING

 (Plaintif comme un enfant)

Vous voyez, vous voyez, Fräulein ! Ce butor continue à me plagier… Les phrases qu'il vient de dire sont celles de mon Faust.

MAGGIE

J'ordonne à l'accusé de ne parler dorénavant que dans la langue universelle du Château de Méphistophélès !

WAGNER

 (De plus en plus satisfait par son rôle inattendu d'examinateur)

Monsieur ! Vous avez été convoqué devant ce tribunal pour répondre aux graves accusations de vol et plagiat du drame intitulé Faust, œuvre du grand écrivain ici présent, Gotthold Ephraïm Lessing. Dites-nous, où diable se trouve le manuscrit de Faust ?548

GOETHE

 Radotage ! Radotage !549 Je n'ai pas de temps à perdre pour réfuter des allégations aussi absurdes, dictées par la frustration et la jalousie. J'irai directement au fait : c'est vrai que cherchant l'inspiration, je me suis procuré le manuscrit de Lessing, mais je ne l'ai point volé. Ce fut mon fervent admirateur, Henry Lessing, oncle de Gotthold Ephraïm, qui m'a envoyé le fatras en question. Après l'avoir lu, je me suis rendu compte que je ne pourrais rien tirer de ce salmigondis mal concocté. Par contre, mon Faust rend au personnage de la légende sa véritable importance.

LESSING

Salmigondis toi-même !

GOETHE

 Pour rendre la chose moins amère, je ferai preuve de magnanimité. Le Faust de Lessing  a, certes, une qualité : il contribue à démystifier l'image obscurantiste qu'on donnait du Docteur Faust au XVIIIe siècle. Lessing et moi (mais moi bien mieux que lui) nous avons fait de Faust un des archétypes de l'homme moderne. Et Faust (grâce à moi beaucoup plus qu'à Lessing) cessa d'être le magicien obscur de la légende, pour se transformer en l'homme de sciences et de lettres de la modernité.

LESSING

 Oui. Sur ce dernier point je suis d'accord avec Goethe. Mais toujours est-il que, plagiat ou pas, si je n'avais pas écrit mon Faust, lui non plus n'aurait pas écrit le sien…

MAGGIE

 Du calme ! Procédons par ordre, s'il vous plaît. Que peut dire l'accusé pour sa défense ?

GOETHE

Gotthold Ephraïm est un ingrat ! Il ne reconnaît même pas que c'est grâce à moi que sa comédie Nathan le Sage fut présentée à Weimar, en 1801, à une époque où personne ne parlait de lui. Et puis, qui a créé le personnage de Marguerite ? Et qui a fait entrer Hélène de Troie dans la légende faustienne ? Qui eut cette inspiration divine ? Moi, moi et encore moi ! C'est une grande jouissance que de se plonger dans l'esprit des temps passés !550

LESSING

 Faux, faux et encore faux ! Hélène de Troie fut introduite par Marlowe, mon illustre précurseur anglais.

GOETHE

Ceci dit, Mademoiselle Maggie, vous non plus vous n'existeriez pas si je n'avais pas créé Marguerite. Elle a une importance décisive pour équilibrer l'intellectualisme effréné de Faust. Marguerite apporte l'amour, la sensualité, la joie simple et fraîche de la jeunesse…

 (Au fur et à mesure qu'il fait l'éloge de Marguerite, Goethe commence à rajeunir : il s'arrache la barbe, les sourcils gris et la perruque argentée, et redresse son dos. Un jeune homme à la beauté radieuse remplace le vieux décrépi.)

 Comment le public aurait-il pu accepter un drame purement intellectuel ? Qui serait intéressé par la connaissance si celle-ci n'était pas équilibrée par le plaisir des sens ? Peut-on atteindre une connaissance vraie en ignorant les sens et l'émotion ?

 

(Pessoa récupère les objets jetés par Goethe, puis retourne rapidement dans son coin.)

MAGGIE

Oui, oui ! Sans le plaisir des sens, sans l'amour et l'émotion, l'existence humaine est absurde.

 (Elle quitte son siège, soupire profondément et se dirige vers Goethe.)

Mon cœur, je t'absous de tous tes péchés !

WAGNER

(Jaloux, bredouillant.)

Juridiquement parlant d'un point de vue juridique,551 il faut prononcer une sentence très juridique !

(Il dit quelque chose à l'oreille de Lessing, les deux chuchotent rapidement et finalement Wagner annonce) :

Ce tribunal condamne le double plagiat de Johann Wolfang Goethe pratiqué sur les Faust de Christopher Marlowe et Gotthold Ephraïm Lessing. En conséquence, nous exigeons qu'à partir de maintenant tous les Instituts qui à travers le monde portent le nom de Goethe, s'appellent «Institut Lessing». Et, chaque fois que l'on vantera les qualités de la langue allemande, on ne parlera plus de la « langue de Goethe » mais de la « langue de Lessing ». En outre, afin de garder une trace numérique de la valeur du Faust goethéen, chacun des jurés doit attribuer une note de 1 à 7, le total devant atteindre 12 au minimum pour obtenir le Doctorat en Faustologie. Professeur Lessing, quelle note donnez-vous à l'accusé ici présent ?

LESSING

(Irrité, regardant Goethe et Maggie qui s'embrassent fougueusement, sans prêter attention à son discours.)

Le Faust de Goethe -mauvaise copie du mien- est, d'un point de vue strictement dramatique, nul. Je répète : nul ! Seules les scènes du début de la première partie -La Nuit, Les Portes de la Ville, Le Cabinet de Travail- ont un intérêt théâtral. Le reste n'est que poésie lyrique ou épique à la versification forcée, surchargée de symboles et d'images ampoulées, de mauvais goût. Je répète : de mauvais goût ! La Nuit de Walpurgis est pompeuse et puérile. La succession des scènes est incomplète et incohérente. Nous ajouterons à cela que la deuxième partie de son Faust -partie que l'auteur, dans l'impossibilité de copier quiconque, mit une éternité à finir- n'a aucune valeur dramatique, ni poétique. Cette seconde partie est une ennuyeuse, écœurante et prétentieuse digression symboliste n'ayant d'autre but que d'aduler les princes qui protégeaient et nourrissaient l'écrivaillon. Je répète : écrivaillon ! En résumé, compte tenu des facteurs atténuants, car Goethe écrivait en allemand et, tant bien que mal, c'est tout de même moi qu'il a plagié, je lui mets 2, même s'il ne mérite que 0 !

WAGNER

Bien dit ! En ce qui me concerne, comme jamais je n'ai lu ni ne lirai le Faust de Goethe, et tenant compte des circonstances atténuantes, je lui mets 3.

 (Criant)

Et vous, Mademoiselle Maggie ?

MAGGIE

(Entrant dans son cabinet de travail)

Moi, j'adore sa noble allure, sa fière stature, le sourire de sa bouche, l'éclat de ses yeux !552 Je lui mets 7 !

WAGNER –

(A contre cœur, tandis que Pessoa tente, sans succès, de donner son opinion.)

Le Sieur Johann Wolfang Goethe a obtenu son Doctorat en Faustologie avec 12 points sur 21, la note minimum !

 

(Coups de tonnerre, éclairs, fumerolles et musique joyeusement endiablée. Obscurité.)

 

 

 

 

 

SCENE III

Mariano Fortuna : El sueño de Fausto

 





Un pianiste aux cheveux longs, en soutane noire, joue l'une des « Mephistowalze », inspirées à Liszt par le « Faust » de Lenau.

    MAGGIE

(Sortant en pleurs de la Förnicatozimmer, robe verte, le visage recouvert d’un suaire blanc, démarche de somnambule.553

 Hélas ! Hélas !554 Quelle tragédie! Quelle tristesse ! Ce devait être mon jour de noces !555 Jusqu'à cette nuit, j'étais vierge. Depuis cette nuit, je suis veuve pour toujours. Jamais je n'aurais imaginé qu'un homme puisse faire l'amour avec autant de passion…

    LISZT

 (Interrompant sa valse)

Meine liebe Fräulein, Pourquoi tant de pleurs ? Que se passe-t-il ? Puis-je faire quelque chose pour vous ?

    MAGGIE

 (Pleurant toujours)

Mon cœur se brise en moi !556 Il est mort ! Mon amant le plus extraordinaire, il est mort !

    LISZT

 Qui ?

    MAGGIE

Johann Wolfang Goethe. Mais je me fiche de son nom. Personne ne m'a jamais fait l'amour de cette façon…

    LISZT

(Eclatant de rire)

Goethe ! Ce vieux lubrique ! Plus lubrique que moi !

    MAGGIE

Ma seule consolation, c'est qu'il est mort la tête entre mes cuisses. « J'ai plus de deux cents ans -m'a-t-il dit en expirant- et c'est la deuxième fois que je meurs. Mais c'est la première fois que je meurs entre les jambes d'une femme. »

    LISZT

 Moi aussi j'aimerais bien mourir deux fois… dans les mêmes conditions, bien entendu..

    MAGGIE

Qui êtes-vous, Cher Monsieur ?

    LISZT

Franz Liszt, compositeur et pianiste hongrois, pour vous servir.

    MAGGIE

 Votre nom me dit quelque chose. Mais avec tous les clients que j'ai, je n'arrive pas à me souvenir de vous. De toute façon, vous êtes le bienvenu ici. Nous avons besoin d'un nouveau pianiste. J'ai du me séparer de l'ancien -un sieur dénommé Chopin- parce que sa musique ne correspondait pas tout à fait à l'ambiance du «Château de Méphistophélès»…

    (On entend dans le lointain, le chahut des deux compères manifestement ivres -Lessing et Wagner- qui arrivent sur scène en chantant une chanson du « Faust » de Pessoa, chacun un verre à la main.) :

        Bom bebedor, bebe-bebe
        Bebe-lhe, bom bebedor ;
         uma cousa esta vida tem
        E o vinho- mira lhe a cor !
        
A vida é/um dia/e a cava um horror
        Bebe-lhe, bebe-lhe, bom bebedor
.557

    (Pessoa dirige le chœur imitant un chef d'orchestre,)

    TOUS

Bravo ! Bravo ! Qui a écrit cette chanson ?558

    LESSING

(S'adressant à Wagner)

C'est toi camarade ?559

    WAGNER

Ecrire des vers, moi ? La chanson, je l'ai apprise, il y a bien longtemps. C'est peu de chose, juste une façon de crier.560

 (Pessoa, debout, reste coi)561

    MAGGIE

ça y est, ils sont saouls !

    LESSING ET WAGNER

(Ensemble)

Mademoiselle Maggie ! Pourquoi nous avoir abandonnés ? Vous faites partie de la commission d'examinateurs. Votre cher Goethe a eu 12 sur 20, la note la plus basse.

(Ils rient bruyamment)

 

    MAGGIE

 

Ah , mes petits jaloux ! Goethe vient de mourir dans mes jambes…

    LESSING ET WAGNER

Vous êtes une érothérapeute très dangereuse, Mademoiselle ! Et qui est ce Monsieur ? (Désignant Liszt) Encore un nouveau client ?

    LISZT

 (Très fier)

Je suis musicien, mais également expert en faustologie. J'ai composé les Mephisto Walze, la Faust Symphonie et les Faust Episoden.

    WAGNER

(Hoquetant)

 Hic ! Hic ! On ne peut pas vous faire passer l'examen. Nous, on n'y connaît rien à la musique. On est des spécialistes en littérature et en médecine, uniquement.

    LISZT

 Ça ne m'intéresse pas de devenir Docteur. En revanche, je voudrais vous présenter un compatriote, qui -à mon avis- a écrit le plus parfait de tous les Faust connus. Le comte Nikolaus Niembsch Edler von Strehlenau, ou plus simplement, Nicolas Lenau. Si vous me permettez, j'invoquerai sa présence grâce à la musique que son œuvre m'a inspirée.

(Il va vers le piano et commence à jouer l'une de ses « Mephisto Walze ». Du cintre descend peu à peu, étendu sur une civière et enveloppé d'un drap blanc, le cadavre de Lenau.)

    MAGGIE, LESSING et WAGNER

(Ils reculent glacés d'épouvante)

Oh ! Que Dieu nous garde !562

(Pessoa se cache derrière sa malle)

    LISZT

(S'arrêtant de jouer au moment même où le cadavre arrive sur le bureau des examinateurs)

Je disais que Lenau est mon compatriote car, même s'il est né au début du XIXe siècle à Csatàd, ville qui s'appelle aujourd'hui Lenauheim, en Roumanie, il a passé toute son enfance et son adolescence dans la ville hongroise de Tokay.

    LESSING ET WAGNER

Du tokay ? Hic ! Hic !

(Ils recommencent à chanter)

 Bon buveur, bois-moi bien, etc., etc.,

    LISZT

En voilà des examinateurs ! Ils sont bons pour faire passer le bac, ces deux-là ! Mais auparavant, il faudrait qu'ils passent un alcotest !

(S'adressant à Maggie)

Alors, gentille demoiselle, il vaut mieux que le Comte vous raconte lui-même son histoire. Venez près de lui. Un seul baiser de vous, lui rendra la vie.

    MAGGIE

(Hochant la tête, mécontente)

Foutu métier ! Si je n'envoie pas les hommes au tombeau, je dois les ressusciter ! A ce train-là, je vais être obligée d'augmenter mes tarifs !…



    LISZT

 N'oubliez pas que nous sommes au «Château de Méphistophélès», meine Fräulein ! Et que ce n'est pas pour rien qu'on m'appelle le « Méphisto-en-soutane » Je suis le délégué de votre patron et vous devez m'obéir.

    MAGGIE

(Terrorisée, s'agenouillant devant Liszt)

Mille pardons, Messire !563

(Tandis que Liszt retourne au piano, elle s'approche du cadavre de Lenau. Lentement, elle soulève le drap et découvre le corps nu d'un jeune homme à l'arcade sourcilière ensanglantée.)

Par Lucifer ! Jamais je n'ai vu un homme aussi beau !

(Elle caresse le cadavre, puis elle lui baise les lèvres tout en lui posant doucement une main sur le sexe.)

Vous êtes un homme magnifique !564

    LENAU

(Comme émergeant d'un lourd sommeil)

Qui me rappelle si doucement à la vie ?

    MAGGIE –

Moi, mon amour. La servante de Méphistophélès, Gouvernante de ce château. C'est ton admirateur, Franz Liszt, qui m'a demandé de le faire.

    LISZT –

 Admirable poète ! Quel magnifique privilège de pouvoir te serrer dans mes bras !

(Il l'étreint et l'embrasse sur le front)

Nous t'avons fait revenir à la vie pour que tu défendes ton honneur devant ces messieurs-dames. Ils sont des experts en faustologie et ils viennent de décerner le titre de Docteur à Johann Wolfang Goethe…

LESSING et WAGNER

(A l'unisson)

Avec la note minimale !

LISZT

Avec la note minimale, d'accord. Curieusement, comme tu le sais mieux que personne, les gens croient, pour la plupart, que le Faust de Goethe est le seul et unique Faust. Et ils pensent que c'est lui qui a créé le personnage. Ce triste malentendu se perpétue encore aujourd'hui.

LENAU

(Avec gravité et utilisant les mots de sa lettre à Justinus Kerner)

 

Oui. Goethe a écrit un Faust, mais il n'en a pas le monopole. Faust appartient au patrimoine de toute l'Humanité. Goethe est un présomptueux, un fat, un chimérique, qui ne songe qu'à lui, tout en donnant des leçons de sagesse au monde entier ; un sot, qui pense que l'esprit se fixe en formules ; un imposteur qui nous mène en bateau, d'une île à l'autre, sous prétexte de nous faire découvrir des terres inconnues qui n'existent pas ; un séducteur, un don Juan de village…565

MAGGIE –

Pardonne-moi de t'interrompre, chéri. J'aimerais tellement connaître ton histoire.

LENAU

L'histoire de ma vie n'a pas beaucoup d'intérêt. C'est une suite de malheurs à la fois terribles et banals. D'abord, la mort de mon père quand j'avais à peine cinq ans. Puis, à 16 ans, je dus me séparer de ma mère avec laquelle j'avais vécu en Hongrie, pour aller vivre chez mes grands-parents paternels près de Vienne. J'y étudiais le Droit, la Philosophie et la Médecine. Mais je ne terminerais aucune de ces carrières, car j'étais très attiré par la littérature. J'allais de poème en poème, de femme en femme, d'échec en échec. En 1832, pour tenter d'échapper à mon destin, je quittai les nobles chênaies de l'Autriche566 et me suis rendu aux Etats-Unis, où je croyais trouver la démocratie, l'amour et la liberté.

MAGGIE, LESSING ET WAGNER

(A l'unisson)

Aux Etats-Unis ! La démocratie, l'amour et la liberté ! Aux Etats-Unis ?

LENAU –

 Ne vous moquez pas de moi, je vous en prie. En réalité, comme je le dénonce dans l'une de mes lettres d'alors, au lieu de l'amour pour la démocratie je ne rencontrai que des gens amoureux de l'argent. Ayant constaté que dans les forêts américaines on n'entendait même pas le chant du rossignol, je revins dans notre vieille Europe, le cœur plein d'amertume. Puis, je commençai l'écriture de mon Faust, publié en 1836, quatre ans après la mort de Goethe. Mais le succès de mon prédécesseur avait été si grand, que mon poème dramatique en fut occulté presque totalement. J'allais créer encore d'autres pièces  -Savonarole, Les Albigeois, Don Juan-, j'aimerais encore quelques femmes et j'écrirais de nouveaux poèmes, mais sans enthousiasme. Déçu par la vie, je sombrai dans la folie. Et au bout de six pénibles années d'enfermement dans un hôpital psychiatrique, je me donnai la mort d'un coup de feu.

WAGNER –

 Pauvre ami ! Quelle triste vie ! Aussi triste, sinon plus, que celle de Gotthold Ephraïm Lessing. Mais, puisque tu es ici et que jamais tu n'as obtenu de diplôme à l'université, profites-en pour passer ton examen de faustologie. C'est l'équivalent d'un bac +24 ! Il n'est jamais trop tard pour devenir Docteur…

LESSING –

Soumettre Nicolas Lenau à un examen serait une insulte à sa mémoire. Son Faust -comme Franz Liszt nous l'a assuré- est une œuvre maîtresse de la poésie dramatique. Contrairement à la versification souvent ridicule de Goethe, les vers de Lenau sont extraordinairement élégants. Et bien que la construction de l'œuvre souffre d'une relative incohérence entre les tableaux, celle-ci est beaucoup moins importante que l'incohérence qui caractérise le Faust de Goethe. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire, c'est son pessimisme excessif, reflet de la mélancolie qui imprégna toute sa vie. Pour cette raison, je lui donne 6 sur 7.

MAGGIE –

(Minaudant)

 Et Marguerite ? Quel rôle a-t-elle dans ton Faust?

LENAU –

Aucun, Fräulein Maggie. Il n'y a pas de Marguerite dans mon Faust. Il y a seulement une Marie, qui n'aime pas Faust, mais son fiancé, le duc Hubert.

MAGGIE –

Dommage ! Toi le plus beau de tous !567 J'allais te mettre 7, mon amour, mais tu devras te contenter de 6. Ce n'est pas une mauvaise note…
WAGNER –

 

Et moi, comme je n'ai pas eu le temps de lire ton Faust à cause de la préparation de mon doctorat, je suivrai l'avis de mes collègues : je te mets 6. (Haussant la voix)

Le comte Nicolas Lenau a obtenu son doctorat en faustologie avec la note de 18 sur 21 ! Félicitations du jury !

LISZT –

Bravo ! Enfin justice est faite !

(Il joue sa Mephisto Polka. Maggie danse sensuellement attirant Lenau, Lessing et Wagner vers la «Fornicatiozimmer», puis ils disparaissent au-delà de la porte, laissant Pessoa dehors.)

 

 

 

 

 

SCENE IV

 

MURNAU

 

   (Le rideau s'ouvre sur un groupe en pleine effervescence. Cameramen, assistants, scripts, etc., courent dans tous les sens. Dans un angle, Friederich Wilhelm Murnau, maître allemand du cinéma muet, dirige le tournage d'un film projeté simultanément sur un écran installé au fond de la scène. Pessoa s'assoit sur sa malle face à l'écran avec, dans ses mains, un énorme paquet de pop-corn.)

 


MURNAU

Lumière ! Grand plan extérieur ! Action !


    Séquence I : Un petit groupe d'amis habillés à la mode élisabéthaine de la fin du XVIe siècle / Ils mangent, boivent et folâtrent dans la cour d'une taverne / Le moment de payer l'addition arrive…


    MURNAU

 Plan moyen !


    Séquence 2 : Deux des convives, interprétés par Wagner et Lessing, appellent l'hôtesse, interprétée par Maggie, « top-less », mais vêtue d'un jupon ample / Ils lui expliquent -entre éclats de rire, grossièretés et tripotage- que c'est le troisième convive qui doit payer / Celui-ci, un homme encore très jeune, aux cheveux longs et aux traits délicats, proteste vivement / Il n'a pas d'argent et affirme que ce sont ses camarades qui l'ont invité / Une violente discussion commence alors / Les deux premiers compères frappent le troisième avec une brutalité croissante / Le jeune homme tente de se défendre mais, obligé par la supériorité numérique de ses attaquants, il dégaine un poignard…


    MURNAU

Plan général !


    Séquence 3 : Un des compères rentre dans la taverne / Il revient en brandissant un tisonnier…


    MURNAU

Plan rapproché !


    Séquence 4 : La caméra zoome sur le fer long et pointu / L'homme qui le tient a un sourire diabolique…


    MURNAU

 Plan moyen !

    Séquence 5 : Les compères désarment le jeune homme et l'immobilisent contre la table / L'un d'eux lui tient fermement la tête…


    MURNAU

Plan rapproché !


    Séquence 6 : L'homme qui tient le tisonnier observe avec cruauté le visage du jeune homme / Soudain, il lui enfonce le fer profondément dans l'orbite, lui faisant éclater l'œil et l'hémisphère cérébral droit…


    MURNAU –

 Gros plan !


    Séquence 7 : L'hôtesse, horrifiée, essaie de fuir / Les assassins l'attrapent, la jettent à terre, lui arrachent son jupon et la violent avant de disparaître…


    MURNAU –

(L'air abattu et fatigué)

Coupez !

 (S'adressant aux acteurs)

Mauvais ! Très mauvais ! C'est la dixième fois que nous répétons la même scène et pourtant elle manque toujours de vraisemblance. Je vous répète une fois de plus que notre objectif est de représenter un fait véridique : l'assassinat de Christopher Marlowe, tel qu'il a été décrit dans un rapport de police daté de 1593. Rappelez-vous que la scène se passe en pleine période élisabéthaine et non pas au XXe siècle et que Christopher Marlowe était un grand dramaturge et non pas un malfaiteur.

    WAGNER –

 C'est précisément la raison pour laquelle je ne parviens pas à me libérer et à entrer dans mon rôle d'assassin. Le personnage de Marlowe m'intimide.

    LESSING –

Moi aussi. ça me gêne d'avoir à tuer l'illustre contemporain de Shakespeare.


    MAGGIE –

(Furieuse, remettant en ordre ce qui reste de ses vêtements après le viol.)

 Charmants, les copains ! Jouer les assassins leur donne des scrupules ! Mais pour me violer, pas de problème ! Si vous continuez à me peloter et à m'enfourcher comme des bêtes, je vais bientôt ne plus pouvoir m'asseoir ! Quand je pense qu'au Chili on m'appelait « Cul en Fer » !

    MURNAU -

Madame, surveillez votre langage, s'il vous plaît ! Je me demande quelle éducation vous avez reçue. Votre grossièreté dépasse les limites du supportable. Si vous continuez à parler comme une vulgaire prostituée, je serais obligé de vous renvoyer de ma troupe.



    MAGGIE

(En furie)

Ecoutez-moi, Monsieur Murnau! Pour que vous le sachiez, nous sommes ici au «Château de Méphistophélès» et, jusqu'à nouvel ordre, je suis la maîtresse de cérémonie ! Je vous rappelle que vous êtes mort dans un accident de la route en 1931, près de Hollywood. Et si vous êtes ici, c'est parce que je vous ai fait venir. Mais pour que les choses soient définitivement claires, je vais convoquer immédiatement ce Monsieur Marlowe. Lui, mieux que personne, sera en mesure de nous expliquer les circonstances de sa mort…

(Elle effectue une série de mouvements étranges, prononce des paroles incompréhensibles. La scène s'obscurcit, puis des éclairs montrent l'acteur qui représente Christopher Marlowe.)


    MARLOWE

(Avec un bandeau de cuir noir cachant son œil droit. Il avance avec désinvolture jusqu'au centre de la scène.)

C'est vrai. Pendant des siècles on a voulu occulter mon assassinat. Je ne suis pas mort dans la ville de Deptford au cours d'une rixe de soûlards, comme un rapport de police daté du 30 mai 1593, le relate. J'ai été attiré dans un odieux guet-apens568 ourdi par les Services Secrets de la reine d'Angleterre, Elisabeth I. C'est elle qui, en accord avec l'archevêque anglican Whitgift, donna l'ordre de me tuer.

    MAGGIE

La reine d'Angleterre ? Une criminelle ?

    WAGNER

De quelle Lady parlez-vous ? Elisabeth I ? Elisabeth II ? Please, be clear !

    
MARLOWE

Elisabeth I, my dear.

    MAGGIE

 Ça va, ça va. Ici tout le monde est tenu de parler la langue du Château. Continuez, Monsieur Marlowe.

    MARLOWE –

D'après mes ennemis, dès que je restais seul, le Diable s’approchait de moi sous la forme d’une belle femme et je m’adonnais avec lui à toutes sortes d’excès…569 Ma vie leur semblait dissolue, ma conduite et mes manières trop libertines, mœurs pourtant tout à fait répandues dans cette époque de débauche. Mais j'étais un dramaturge. En fait, la reine et l'archevêque redoutaient que par mon œuvre théâtrale je n'éveille la conscience des gens. Le peuple aurait pu alors se rebeller contre l’ordre établi. Et c'est mon drame Doctor Faustus, dans lequel je ridiculise les autorités ecclésiastiques pour contrarier le Pape570 et les insolents chevaliers571 de la noblesse, qui finira par provoquer mon assassinat. Peu de jours après ma mort, un pamphlétaire payé par les Services Secrets de la couronne, justifierait le crime en m'accusant d'avoir pactisé avec le Diable, d'avoir blasphémé contre la Bible et d'avoir ignoré les lois du royaume…

    MURNAU

(S'approchant de Marlowe)

C'est précisément cette qualité révolutionnaire qui imprègne ton œuvre qui a attiré mon attention, beaucoup plus que le Faust de Goethe. Voilà pourquoi j'ai construit mon scénario cinématographique à partir des deux versions, l'anglaise et l'allemande, même si je me suis permis de transformer la tragédie en comédie : dans mon film Faust et Marguerite seront sauvés de l'enfer, grâce à l'amour…

    MAGGIE –

(Rêveuse)

Ah, l'Amour, l'Amour !…

    WAGNER

(Impatient)

Bon, ça suffit toutes ces élucubrations ! Nous sommes ici pour faire passer un examen de faustologie. Professeur Lessing ! Que pensez-vous de l'œuvre de Monsieur Marlowe ?

    LESSING –

Si l'on me considère comme le père du théâtre moderne allemand, Marlowe devrait être honoré comme le père du drame anglais. En dépit de son décès prématuré à l'âge de 29 ans, il a laissé plusieurs pièces d'une grande valeur dramatique et poétique, dont La mort d'Edouard II, Le Juif de Malte et, surtout, son magnifique Doctor Faustus, pièce étonnamment moderne. L'intensité de l'action est constante, la versification puissante et riche, la succession des tableaux très harmonieuse… sans parler de l'intervention des bouffons, qui apportent une dimension comique à l'histoire. Je dois reconnaître que ni moi ni Goethe -presque deux siècles plus tard- nous n'avons atteint un tel niveau dramatique. Son art est un plaisir qui chasse les idées noires.572  Nous sommes très redevables à cet homme.573 Pour toutes ces raisons, j'attribue au Faust de Marlowe la note maximale : 7 !

    WAGNER

Je vous jure que sitôt ma thèse de doctorat passée, je lirai le Doctor Faustus de Marlowe. D'ores et déjà, je lui donne 7, moi aussi.

    MAGGIE

 Et quel rôle Mister Marlowe donne-t-il à l'Amour dans sa pièce ?

    MARLOWE -

Faust prie Méphistophélès de lui donner une épouse. Mais quand le Diable, grâce à une illusion magique, lui montre la réalité du mariage, il change d'avis et réclame « a hot whore »…une putain chaude, Miss Maggie.

    MAGGIE -

 Marguerite, une putain chaude ?

    MARLOWE –

 

Dans mon Faust, il n'y a pas de Marguerite, Miss Maggie… Seulement Hélène de Troie, Alexandre le Grand et son bel amant, un jeune homme auquel, pour ménager les convenances de l'époque, je donne l'apparence d'une femme. Alexandre était homosexuel… comme moi, Miss Maggie.

 

    MAGGIE

Vous ? Homosexuel ?

    MARLOWE

Oui. Maintenant que je suis dans le monde des morts, je peux le dire sans aucune vanité : j'étais un garçon d'une très grande beauté. Tous ceux que je croisais -hommes ou femmes- tombaient amoureux de moi. Y compris l'archevêque Whitfig et la vieille Elisabeth I, qui me fit secrètement comparaître devant elle, car elle aimait les hommes encore plus que le théâtre. Mais moi j'aimais mon doux ami,574 Thomas Kyd, camarade d'université avec lequel j'ai vécu plusieurs années. Pour mon malheur, il m'a trahi. Payé par les services secrets du royaume, il me dénonça à la police de la reine comme un hérétique et un blasphémateur. En effet, ni la reine ni l'archevêque ne me pardonnèrent mon refus de me donner à eux corps et âme. Aujourd'hui, je me console en Enfer : Elisabeth I est chaque jour jugée et décapitée en expiation du supplice qu'elle infligea à sa parente, Marie Stuart, décapitée par ses ordres, six ans avant mon propre assassinat.

    MAGGIE

 Quelle horreur ! Une famille royale experte en crimes familiaux ! Cela ne m'étonne pas du tout que vous ayez peur des femmes, Mister Marlowe.

    MARLOWE

 

Non, je ne rejette pas les femmes, Miss Maggie. Je serais ravi de vous faire l'amour en compagnie de ce jeune Docteur, par exemple.

(Il s'approche de Wagner)

    WAGNER -

Comment ça monsieur ?575 Un peu plus de respect pour les examinateurs ! Pour vous punir, je vous enlève un point ! 6 au lieu de 7 !

    MARLOWE –

 Mais vous, Miss Maggie, peut-être576  aimeriez-vous faire l'amour avec moi et ce monsieur qui reste là tout seul dans son coin, sérieux comme un pape ?577

(Il désigne Pessoa. Celui-ci rougit, à la fois confus et flatté d'avoir été remarqué par quelqu'un.)


    MAGGIE

A moi, ça ne me pose aucun problème. J'ai eu beaucoup d'admirateurs « gays ». Souvent, ce sont les clients les plus agréables. Quant à votre note, étant donné que Marguerite est restée au fond de votre encrier, il faudra vous contenter de 6.

    WAGNER

Mister Christopher Marlowe a réussi brillamment son examen en faustologie avec 19 sur 21 ! Pour le moment, c'est le premier de la classe…

    LESSING

…Et Goethe, le dernier !

 

(On entend des coups frappés à la porte)


    MAGGIE -

Qui peut bien venir à cette heure ? J'ai dû oublier d'éteindre l'enseigne lumineuse du cabaret…

 (Elle se précipite à la porte, revient quelques minutes plus tard, tête basse et se couvrant les seins.)

 C'est un Monsieur qui dit s'appeler Thomas Mann. Il m'a regardé de si haut, que je me suis sentie nue et honteuse comme jamais auparavant dans ma vie. Permettez-moi de me retirer un instant. Je dois m'habiller convenablement pour recevoir ce très respectable Monsieur…

 

 (Obscurité, musique, bruits infernaux.)


 


SCENE V


    (Un tourne-disque diffuse une variation dodécaphonique d’Arnold Schoenberg. Dans le fond et sur chaque côté de la scène sont accrochés de grands étendards portant le svastika nazi et le portrait de Hitler. La lumière, devenant graduellement plus intense et blanche, précède l'entrée d'un homme déjà très âgé, mais à la démarche assurée, digne et altière.)

    MANN

 (S'adressant à Lessing et à Wagner, qui ont regagné leur place derrière le bureau.)

Messieurs, auriez-vous la bonté de me dire où je me trouve exactement ? J'ai déjà tellement vécu, que ma mémoire récente tend à flancher. Par contre, ma mémoire lointaine devient chaque jour plus lucide, et en même temps plus obsessive, terriblement circulaire… Je crois que je devrais consulter un gérontologue…

    LESSING

Soyez le bienvenu, Maître578 : nous sommes au «Château de Méphistophélès» et vous êtes ici pour passer un examen de faustologie. Mais auparavant, j'ai la triste obligation de vous rappeler que -pour le plus grand malheur de l'humanité- vous êtes déjà mort…

    MANN

 Moi ? Mort ?

    LESSING

Oui, je suis désolé de vous le confirmer, mais c'est ainsi. Nous sommes condamnés pour l'éternité. Pourtant, comme vous pouvez le voir, notre situation n'est pas si mauvaise. De temps en temps, Méphistophélès accorde la permission aux écrivains immortels de passer quelques jours dans ce château. Et avec un peu de chance, nous pouvons fréquenter momentanément le monde des vivants pour nous amuser avec eux et les traîner en Enfer.

    MANN

 Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur de parler ?

    LESSING

Je suis Gotthold Ephraïm Lessing.

    MANN

(Reculant d'un pas, en faisant une révérence)

 Maître… Mon Maître… Est-il possible ! Je vous salue respectueusement… Je m'excuse… Je suis si ému…579

    MAGGIE

(En retard, sortant précipitamment de la Fornicatiozimmer. Elle porte un élégant tailleur rouge et une chemise de soie blanche, dont le col est fermé par une cravate fantaisie. Elle tient une paire de lunettes, un stylo et un bloc de papier. Des souliers vernis rouges à talons aiguilles, des bas-coutures noirs et une jupe fendue sur le côté, la rendent particulièrement sexy.)

        Pardonnez mon retard… Heureusement je vois que Herr Lessing s'est chargé des présentations…

(Elle prend place près de Wagner en montrant ses jambes avec coquetterie.)

    LESSING

(S'adressant à Thomas Mann)

 

Fräulein Maggie est la Directrice du «Château de Méphistophélès» ainsi que la Présidente de ce jury. Herr Wagner est Interne en médecine et, s'il ne succombe pas aux charmes de notre Présidente, il sera bientôt Docteur.

    MANN

Très honoré.

    WAGNER

L'honneur est pour nous… Nous vous serions reconnaissants de nous dire qui est le Maître tant vénéré par Herr Lessing.

    MANN

 (L'air triste et las, tandis que Pessoa met sur le tourne-disque « La Nuit transfigurée » de Schoenberg, dans sa version pour quatuor à cordes.)

Mon nom, Thomas Mann, est connu dans le monde entier. Mais peu savent que depuis toujours j'ai été préoccupé par le lien qui existe entre la sphère radieuse et le royaume inférieur.
580 Adolescent, la légende de Faust m'apporta une clef pour élucider un dilemme éternel : pourquoi le Maudit est-il en corrélation nécessaire et innée avec le Sacré ?581 Ma propre vie et l'effroyable situation que le destin imposa à la sensibilité allemande,582 illustrent dramatiquement la relation dialectique du mal avec le bien et le sacré.583

WAGNER

Ce n'est pas très clair, ce que vous racontez-là, Monsieur Mann. Faites un effort pour être plus simple si vous voulez réussir votre examen de faustologie.

MANN –

 

 Excusez-moi, Monsieur. C'est mon éducation de grand bourgeois qui me rend parfois abscons. Je continue : durant plus de cinquante ans, je connus un succès retentissant. J'avais tout : amour, richesse et gloire. Cependant, cet éclat que je croyais divin était, en vérité, diabolique car le diable est inséparable du tableau et affirme sa réalité complémentaire de celle de Dieu.584 L'organisation sociale de mon pays, base de mon triomphe, évoluait vers sa transformation dans le plus épouvantable des cancers : le nazisme hitlérien. O Allemagne ! tu roulais à l'abîme ! Le désordre fantastique d'alors, qui bafouait la terre entière et cherchait à l'épouvanter, contenait déjà en germe beaucoup de l'invraisemblance monstrueuse.585 Et moi, avec mon génie acquis et funeste, corruption coupable et morbide de dons naturels, résultat d'un effroyable pacte586 avec le Mauvais, je constatai que l'Etat allemand monstrueux serrait dans ses tentacules le continent européen.587 A cette époque, l'Allemagne, les joues brûlantes de fièvre, titubait, à l'apogée de ses sauvages triomphes, sur le point de conquérir le monde grâce à ce pacte avec le Mauvais qu'elle était résolue à observer et qu'elle avait signé de son sang.588

MAGGIE

Je vous conseille de surveiller vos paroles, Herr Mann. Nous sommes ici au MephistoSchloss. Vous n'avez pas intérêt à médire de notre patron. Cela peut vous coûter très cher…

MANN

 Pardon, Fräulein Maggie. Je voulais simplement raconter que je changeai de route, et que j'utilisai toutes mes forces pour combattre les ténèbres qui envahissaient ma vie et celle de mes congénères. Je me transformai en propagandiste politique, et je parcourus des continents entiers pour apporter ma parole où cela était nécessaire. Mais c'est avec mon œuvre Doktor Faustus que j'ai essayé d'asséner un coup fatal à ce qui existe de plus démoniaque dans notre humanité contemporaine. Malheureusement, mon repentir -comme celui de Faust- fut trop tardif. Personne ne put empêcher l'holocauste de dizaines de millions d'hommes et j'ai dû assister -oh ! châtiment infini- à une double tragédie : les démons étreignant ma patrie qui s'effondra,589 ainsi que le désespoir subséquent et le suicide de mon fils bien aimé, Klaus.


    WAGNER

Si d'aussi grandes douleurs sont le prix à payer pour la célébrité et la richesse, je préfère ne pas passer mon examen. Je renonce à mon doctorat !

    MAGGIE

 

Ne sois pas poltron, mon biquet. Même si tu ne le veux pas, tu seras Docteur. Je me charge de tes examinateurs ! Mais revenons à Monsieur Mann. (S'adressant à Lessing)

Je ne comprends pas pourquoi, après tant de tourments et de souffrances, il a été condamné à l'Enfer.

    LESSING –

D'abord, jolie Fräulein, Herr Thomas Mann -tout comme moi- est Allemand. Et il n'y a pas de meilleur passeport pour entrer en Enfer que d'être Allemand. Pour tout vous dire, le premier supplice qui attend les pauvres condamnés qui ne sont pas Allemands, c'est d'apprendre l'allemand pour pouvoir lire le règlement des lieux. Telle est notre supériorité sur les autres nations ! Mais là n'est pas la cause principale de la présence de Herr Mann en Enfer. Non. Rappelez-vous que lui, comme Goethe, Lenau, moi et beaucoup d'autres, nous sommes auteurs d'un Faust. Et qui dit Faust, dit Méphistophélès . Vivants, nous avons fait ce que nous voulions de lui. Morts, il fait ce qu'il veut de nous. Tel quel.

    WAGNER

 Bon ! Dépêchons-nous de terminer cet examen. Professeur Lessing, pouvez-vous nous faire part de votre opinion sur l'œuvre de Monsieur Mann ? Les heures passent vite et nous sommes pressés.

    LESSING

J'ignore de quelles heures vous me parlez, mein klein Doktor. Au «Château de Méphistophélès», le Temps n'existe pas… Mais voici mon opinion sur Doktor Faustus de Thomas Mann. Je pense qu'aucun spécialiste en littérature ne peut nier la qualité de la prose et l'humour qui émane de ce roman, très certainement l'un des plus importants du XXe siècle…



    MANN

Vos louanges me font mal, Maître. Je ne les mérite pas…

    LESSING

Attendez, attendez, Herr Mann ! Je n'ai pas encore fini. En effet, probablement à cause des conditions douloureuses dans lesquelles ce Faust fut écrit, l'auteur commet une erreur de perspective qui -en d'autres circonstances- aurait pu être évitée. Je regrette que le protagoniste principal -Adrien- soit musicien et non écrivain. Car, malgré la richesse des descriptions des partitions musicales, le lecteur n'entendra jamais une seule note des compositions dodécaphoniques d'Adrien. Seul un compositeur peut remplir le silence avec son imagination sonore, mais pas un lecteur ordinaire.

    MANN

 Vous avez raison, Herr Lessing. Mon livre est trop exigeant, trop intellectuel pour un lecteur moyen. De plus, j'ai voulu cacher à tout prix mon homosexualité, quitte à paraître un auteur pudibond et puritain.

    LESSING

Justement. Doktor Faustus aurait gagné en intérêt si le personnage central avait été inspiré non par la vie du créateur de la musique dodécaphonique -Arnold Schoenberg- mais par la vie de Thomas Mann lui-même. Il en résulte que le roman est trop dense, l'histoire trop longue et, parfois, ennuyeuse. Quant au mythe faustien, celui-ci me paraît presque anecdotique, trop dilué dans les proportions océaniques du livre. Pour toutes ces raisons, et pour ne pas devenir trop lourd moi aussi, je terminerai -malgré ma profonde admiration pour l'auteur de La Montagne Magique et de La Mort à Venise- en lui attribuant 6,5 sur 7.

    MANN

 C'est trop gentil, Maître. Je ne le mérite pas…

    WAGNER

Alors, pour vous faire plaisir, je vous mets un point de moins : 5,5. Le livre est si gros qu'il me rappelle mes manuels de médecine les plus épais. J'ai l'impression que je ne parviendrai jamais à le lire.

    LESSING

Ne vous inquiétez pas, Docteur ! Vous aurez tout le temps nécessaire en Enfer pour le lire et le relire !

    MAGGIE

(Faisant la coquette, elle joue avec son crayon en l'introduisant et le sortant de sa bouche.)

Et quel est le rôle de Marguerite dans ce livre ?

    MANN

(Affligé, d'une voix caverneuse et froide)

Aucun. Adrien n'a eu qu'une seule relation sexuelle dans toute sa vie, avec Esméralda, une prostituée atteinte de syphilis. Au cours de cette unique relation, que je ne décris pas à cause de l'obscénité extérieure de cette pratique,590 elle le mit en garde contre son corps, mais il négligea l'avertissement.591 Alors, elle lui inocula ses tréponèmes et lui transmit la syphilis. Plus tard, déjà infecté, Adrien tombera amoureux de Marie, une jeune française. Mais elle le dédaigna et s'enfuit avec le meilleur ami d'Adrien. C'est tout…

    MAGGIE

 Une montagne de feuilles dépourvues de sexualité ?

    LESSING

C'était déjà le cas dans La Montagne Magique. Mais dans ce roman le fait passe inaperçu, étant donné que tout le monde est tuberculeux…

    MAGGIE

Très mauvais ! Il y a quelque chose de malsain chez un homme qui fuit le vin, le jeu et la compagnie des femmes charmantes. De tels gens, ou bien sont gravement malades, ou bien haïssent en secret leur entourage.592 J'accorde sans doute au sexe et au plaisir plus d'importance qu'ils n'en ont, mais les nier ou les cacher comme s'ils étaient honteux, me semble lamentable. Par conséquent, malgré le respect ou, plutôt, la crainte que m'inspire Herr Thomas Mann, je lui attribue, pour son Doktor Faustus, la note 3.

    LESSING –

Ouf ! Quel soulagement ! J'ai cru que vous lui mettriez 0.

    WAGNER

Monsieur Thomas Mann a obtenu son Doctorat en Faustologie avec 15 sur 21 ! Pour célébrer cet évènement, le jury invite chacun à passer au buffet. Musique Maestro !

        (Pessoa met sur le tourne-disque une joyeuse danse populaire portugaise, tandis que Lessing et Wagner se précipitent pour manger et boire. Thomas Mann prend Maggie par le bras et la conduit vers l'avant de la scène.)

    MANN –

 Vous avez raison, Fräulein Maggie. Vous avez dit la vérité. Vivant, j'étais tristement prude,593 mais je l'ai payé très cher. Dans mon Faust, le domaine de l'amour, du sexe, de la chair, n'est jamais abordé. De femmes, d'épouses, de filles, d'amourettes, il n'en est pas question.594 Je n'ai jamais connu la véritable jouissance sexuelle. Par bonheur, il en est autrement au «Château de Méphistophélès». L'Enfer a aussi ses avantages ! Me permettez-vous de vous inviter à danser ? Pour l'amour il n'est jamais trop tard, qu'il soit homosexuel ou hétérosexuel !

    MAGGIE

 Naturellement, Herr Mann. Danser avec un écrivain si illustre est un honneur pour toute femme.

        (Elle ôte la veste de son tailleur et s'abandonne dans les bras de Thomas Mann, qui se révèle excellent danseur. Au milieu de l'allégresse générale, on entend des coups frappés à la porte et un vacarme grandissant.)


    WAGNER

(Buvant une coupe de champagne, il se dirige sur la pointe des pieds vers la porte.)

Chut ! Silence… Eteignez la lumière…

    MAGGIE

Qui sont ces grossiers trouble-fêtes à notre porte ? Allez, qu'on calme leur tapage ! Qu'on leur ouvre et puis qu'on leur demande ce qu'ils viennent faire ici.595

(Pessoa arrête le tourne disque. Obscurité.)

 

 

 



SCENE VI
         
   



    (La scène s'éclaire à nouveau. Les étendards ont été retournés et maintenant on voit la faucille et le marteau communistes, avec un portrait de Staline à la place de celui d’Hitler. La lumière a surpris les danseurs qui s'embrassent à pleine bouche
596 tandis que Pessoa boit directement à la bouteille. Wagner entre au pas de course.)


    WAGNER

Mademoiselle Maggie ! Mademoiselle Maggie ! Il y a un tas de gens qui veulent profiter de la fête ! Un type parle français et dit qu'il s'appelle Paul Valéry. Un autre se dit écrivain soviétique et prétend s'appeler Mikhaïl Boulgakov. Il y a aussi un Anglais qui dit s'appeler Lawrence Durrell, sans compter un tas d'écrivains espagnols et latino-américains dont je n'ai jamais entendu parler. D'après eux, ils sont tous docteurs en faustologie, mais ils aimeraient quand même passer de nouveau leur examen pour ensuite le fêter avec vous dans la Fornicatiozimmer.

    MAGGIE

(Quittant les bras de Thomas Mann)

Tu sais bien, mon chéri, qu'il y a des règles précises dans cette maison. Personne ne peut entrer ici s'il n'a pas son certificat de décès parfaitement à jour. Tu peux laisser entrer les deux premiers parce qu'ils sont morts avant 1950, mais dis aux autres qu'ils doivent attendre des jours meilleurs… (Elle retourne danser avec Thomas Mann, tandis que Wagner sort chercher les nouveaux invités.)


    WAGNER

(De retour, imitant un laquais.)

 Monsieur Paul Valéry, et sa maîtresse, Lust. Monsieur Mikhaïl Boulgakov et sa maîtresse, Marguerite Nikolaïevna !


    (Entrent en scène un vieillard d'aspect décrépit, escorté d'une adolescente en minijupe et à la beauté exubérante, ainsi qu'un médecin d'âge mûr, habillé d'une blouse blanche et accompagné d'une femme d'une trentaine d'années portant un chapeau et      un manteau de soie noire,
597 entrouvert sur sa splendide nudité.)


MAGGIE

(Inquiète et jalouse)

Lust et Marguerite ! Vos prénoms me disent quelque chose…

(Les deux jeunes femmes se prosternent aux pieds de Maggie, en signe de soumission.)

    LUST

Chère Madame, permettez-nous de vous présenter nos hommages et notre plus profond respect…
  

    MARGUERITE NIKOLAIEVNA

Maggie, ma reine,598 voulez-vous nous prendre à votre service ? Nous ferons tout pour vous soulager de vos efforts.
WAGNER

Vous auriez tort de sous-estimer les capacités de Maggie…599


    MAGGIE –

(Avec un sourire de soulagement)

Bien, bien. Je suis heureuse de vous recevoir au «Château de Méphistophélès». Mes érothérapeutes sont toutes occupées et je ne suffirai pas toute seule à satisfaire autant d'écrivains…

    LUST et MARGUERITE

 Nous sommes ravies, reine.600 Ce sera un plaisir de vous aider dans votre travail. Nous savons comment nous y prendre avec ces écrivains libidineux…

 


    LUST

Moi, je suis une très habile fellatrice…

    MARGUERITE N
. –

Et moi, une insatiable sodomite…

    LUST

En quinze minutes, je peux, avec mes lèvres de feu, extraire jusqu'à la dernière goutte du sperme du plus inhibé des poètes…

    MARGUERITE N. –

Et moi, je peux, avec la douce et chaude profondeur de mes fesses, apaiser toute une meute de romanciers enflammés.

    MAGGIE

Fort bien. Vous n'aurez pas le temps de vous ennuyer dans ce cabaret. Les clients ne sont plus très jeunes, mais, en revanche, ils sont très exigeants et pervers. Avant de passer à l'action, pouvez-vous nous présenter vos amants, ces Messieurs Valéry et Boulgakov ?

    WAGNER

Excellente idée ! Au risque de passer pour un béotien, j'avoue que je n'ai jamais entendu parler d'eux.

(Sans y prêter attention, il prend le verre d'eau de vie que lui tend Pessoa.)

    LUST –

 Voici le récit de ma vie avec non pas mon Maître, comme il le prétend, mais avec mon geôlier et mon bourreau…

    VALERY

(Se prenant la tête à deux mains)

 C'est insupportable !601 Pitié, Lust. Ne recommence pas avec tes reproches…

    LUST

 (Arrogante et vindicative)

Cet homme -auquel je suis enchaînée pour l'éternité- est né avec un cerveau prodigieux. Très tôt, il a découvert le secret du développement de la psyché. Son entreprise s'attaquait à ce qui est en l'âme d'infus et d'insaisissable, et que nous sentons du plus haut prix, mais qui se dérobe infiniment.602

    WAGNER

 Pourriez-vous recommencer, Mademoiselle la Fellatrice ? Je n'ai rien compris.

    MAGGIE

Eh, là ! Arrête ton char, mon biquet ! Ici, la seule autorisée à te sucer, c'est moi !

    LUST

 Je voulais dire que, encore très jeune, Paul comprit que l'intellect à lui seul ne peut conduire qu'à l'erreur et qu'il faut donc s'instruire à le soumettre entièrement à l'expérience.603 Poussé par ses découvertes, il dédaigna ses talents poétiques pour rechercher, dans la solitude et la tranquillité, la stabilité lumineuse de la conscience. Le monde l'ignora longtemps, mais -ô, vanité humaine !- alors qu'il s'approchait de ses objectifs de jeunesse, alors qu'il frôlait l'état suprême604 de la conscience, il céda à la tentation du Démon. Amoureux de sa propre intelligence, il tomba dans le piège tendu par un groupe d'écrivains et d'éditeurs parisiens, qui lui promettaient honneurs, argent et plaisirs…

    VALERY –

ça suffit, Lust, ça suffit ! Ah ! Celle-ci est une femme insupportable !605

    LUST –

Il était presque quinquagénaire quand il a recommencé à écrire et à publier, passant, en un clin d'œil, de l'ombre à la lumière. Puis, pendant plus de 24 ans, le Démon allait lui donner tout ce qu'il désirait… y compris moi-même. Mais le moment de rendre des comptes, de livrer son âme, arriva. Le Poète -qui s'était mis à écrire à toute vitesse un Faust pour conjurer le pacte qui l'unissait au Mal- mourut sans avoir eu le temps d'achever son œuvre et de recevoir la plus haute récompense attribuée par la société à un écrivain : le Prix Nobel de Littérature, qui lui avait été promis dès la fin de la guerre en 1945…

    THOMAS MANN

(S'approchant de Valéry et lui faisant une révérence)

Cette jeune personne peut bien dire ce qu'elle voudra, je m'incline devant l'un des plus grands Faust modernes. Tant que tournera la terre, je veux que le nom de Faust soit admiré partout, jusqu'aux confins du monde.606 Et qui mieux que Paul Valéry incarne le mythe de Faust ? La création artistique exige, à un moment ou un autre, de pactiser avec les forces du Mal !

    VALERY

Je remercie le grand maître allemand de l'honneur qu'il veut bien me faire. Je n'ai pas eu la possibilité de citer dans mon Faust sa propre œuvre faustienne, car je suis mort en 1945, un an avant la publication de Doktor Faustus. Si je pouvais revenir en arrière, je le citerais abondamment. Les plus grands m'ont donné l'exemple des emprunts !

WAGNER

Faites attention aux droits d'auteur, Monsieur Valéry. Ça aussi peut vous coûter très cher…

VALERY

 (Dédaignant l’interpellation de Wagner)

Quant à Lust, ce qu'elle dit de moi est la vérité. Pourtant, ma plus grande douleur n'est pas d'avoir laissé mon Faust inachevé, ni même de n'avoir pas reçu le Prix Nobel qui, effectivement, devait m'être attribué. Non. Mon plus grand regret, que je dois maintenant supporter pour l'éternité, c'est d'avoir trahi mes idéaux de jeunesse. Ma conscience aurait pu être le flambeau même de ce temps !607 Or, je dois me contenter de figurer dans l'histoire de la littérature parmi les innombrables écrivains qui ont pour seul mérite de peupler les bibliothèques. Et au lieu d'être devenu un guide pour les nouvelles générations, mission pour laquelle je devais accepter de mourir quasiment inconnu, je me suis moi-même perdu dans les flatteries et les louanges des mondains qui m'entouraient…

    WAGNER

Vos épreuves ne sont pas encore terminées, Monsieur Valéry . Vous devez encore passer votre examen de faustologie. Nous sommes ici pour cela. Que pensez-vous du Faust de Paul Valéry, Professeur Lessing ?

    LESSING –

Je pense que Monsieur Valéry est trop sévère à son encontre… Il a donné aux hommes une œuvre admirable.608  Et même s'il n'a pas tenu son pari jusqu'au bout, à savoir, écrire un Faust multiforme qui devait comprendre un nombre indéterminé d'ouvrages plus ou moins faits pour le théâtre : drames, comédies, tragédies, féeries selon l'occasion : vers ou prose, selon l'humeur, productions parallèles, indépendantes,609 etc., son travail est celui qui montre le mieux l'origine mentale du démoniaque. D'ailleurs, malgré sa tonalité par trop discursive, son Faust ne manque pas de tension dramatique. Je lui mettrai donc 6.

    WAGNER

 Moi aussi, pour les mêmes raisons, je lui mets 6 !

    MAGGIE

(S'adressant à Lust)

Dis-moi, ma jolie. Comment Monsieur Valéry te traite-t-il dans son Faust ?

    LUST

 

 Je suis certaine que peu d'adolescentes se sont offertes avec autant de pureté et de passion à un homme. Aucune n'a idolâtré un écrivain comme je l'ai idolâtré. Il me paraissait un dieu. Sa voix se faisait suivre, comme une musique,610 je buvais ses paroles comme du nectar céleste. J'étais prête à tout pour lui : non seulement écrire sous sa dictée, ordonner ses papiers, préparer son lit et ses repas, tâches qu'il me réclamait hautainement, mais aussi je l'aurais caressé, embrassé, et léché comme une chienne. Mais, lui, narcisse entre les narcisses, orgueilleux et méprisant, il n'a jamais voulu se laisser toucher. «Pourquoi m'as-tu touché ?»611 me reprochait-il lorsque, par hasard, je le frôlais.

    MAGGIE

Quelle horreur ! Vous avez tort d'accuser et de mépriser les femmes de cette sorte,612 Monsieur Valéry. Si ce n'était par égard pour ma compatriote, la grande poétesse chilienne Gabriela Mistral, qui vous a rendu un chaleureux hommage au cours de la remise du Prix Nobel -prix qu'elle a reçu à votre place alors que vous étiez déjà un cadavre- je vous mettrais 0. Mais, par respect pour l'opinion d'une femme que j'admire, je vous accorde 3.

    WAGNER

Monsieur Paul Valéry a été reçu à son examen de faustologie et a obtenu son doctorat avec la note de 15 sur 21 ! Ex æquo avec Thomas Mann !

    BOULGAKOV

 C'est injuste ! Valéry mérite plus que cela ! Son œuvre est immortelle.613 D'ailleurs, le fait que son drame soit resté inachevé n'est nullement un défaut. Cela illustre, une fois de plus, la nature perpétuellement renouvelable de la légende faustienne.

MAGGIE

Quelle audace ! Que faites-vous de nos commandements !614 On ne discute pas l'avis de notre commission… Marguerite Nikolaïevna, auriez-vous la bonté de nous présenter votre compagnon ?

    MARGUERITE N. –

(Elle ôte son chapeau et son manteau de soie faisant ondoyer sa souple chevelure noire, naturellement ondulé 615 et s'assoit, complètement nue, sur une chaise.)

La vie de Mikhaïl a été totalement opposée à celle de Valéry. Il est mort dans un coin reculé de Moscou, à l'âge même où le poète français commençait à gravir les marches de la célébrité. Pourtant, le début de sa vie avait été couronné par le succès… Mais je crois qu'il saura vous raconter tout cela bien mieux que moi…

    BOULGAKOV –

(Après avoir bu cul sec un verre d'eau de vie que Pessoa a sortie de son porte-document et qu'il offre -toujours silencieux- à chacun).

Raconter ma vie ? Pourquoi faire ? L'important c'est mon œuvre !

    MAGGIE

 (S'impatientant)

Je constate que l'un de vos traits de caractère est la rébellion, Monsieur Boulgakov. Ou bien vous nous racontez votre vie, ou bien je vous réexpédie tout droit en Enfer… Sans Marguerite, évidemment !

    BOULGAKOV –

 

 Ayez la générosité de me pardonner, radieuse reine Maggie. La faute en est à l'eau de vie, maudite soit-elle !616

 (Se sentant fautif, Pessoa court se cacher derrière sa malle.)

 Voici, pour vous être agréable, quelques évènements chronologiques… Je suis né à Kiev en 1891, dans une famille petite-bourgeoise et je suis mort à Moscou en 1939, à quarante-huit ans, des suites d'une insuffisance rénale.

    WAGNER

Dommage ! Vingt ans plus tard vous auriez été sauvé par une dialyse. La mort par insuffisance rénale est particulièrement cruelle. Le malade atteint ses derniers moments dans une totale lucidité, parfois sans aucune douleur, sans aucun malaise. On peut regarder la mort face à face, en toute tranquillité.

    MAGGIE

Tu deviens trop bavard, chéri. Laisse parler le Docteur Boulgakov.

    BOULGAKOV –

 Il dit vrai, Mademoiselle Maggie. Je suis mort comme quelqu'un qui, attaché dans une piscine vide, verrait monter peu à peu le niveau de l'eau, des pieds jusqu'à la tête. Bref. Je devins médecin à vingt-cinq ans, mais j'exerçai très peu ma profession. Lors du triomphe de la Révolution soviétique, je pris la décision de me consacrer entièrement à la littérature. Au début, je fus très bien accepté et, appuyé par Maxime Gorki, qui me témoignait une affection particulière, je m'intégrai au groupe des jeunes écrivains de la NEP. Mes articles et mes contes apparaissaient régulièrement dans notre journal « Goudok » et je réussis à publier mon premier roman, La Garde Blanche, dans la revue « Russie »…



    MARGUERITE N.

 (Allumant une cigarette au bout d'un fume-cigarette)

Tu oublies de dire que ton plus grand succès a été ta pièce -Les Journées des Tourbine- montée par le Théâtre d'Art de Moscou.

    BOULGAKOV

 Justement, j'allais le dire. C'est l'histoire d'une famille de « blancs » pendant la révolution, inspirée en partie par la vie de ma propre famille. Tout allait bien pour moi quand, soudainement, je commençai à subir les attaques d'un des poètes révolutionnaires que j'admirais le plus -Vladimir Vladimirovitch Maïakovski- qui m'accusait d'être un écrivain bourgeois.

WAGNER

 Maïakovski ? Son nom me dit quelque chose… N'était-il pas communiste ?

BOULGAKOV –

Si. Et son prestige était tel que le monde littéraire, qui jusqu'alors m'avait été toujours favorable, se retourna contre moi. Du jour au lendemain, malgré l'appui de Gorki, je cessai d'être publié et mes pièces d'être jouées. A trente-huit ans ma carrière publique était pratiquement terminée et moi, condamné au tourment le plus douloureux que l'on puisse infliger à un écrivain : le silence, la censure, l'ostracisme. C'est alors que ma salvatrice entra dans mon destin, cette femme hors du commun qui m'accompagne toujours aujourd'hui… En la rencontrant, l'amour nous frappa comme l'éclair !617

    MARGUERITE N. –

 Non. Non. Ce n'est pas moi qui l'ai sauvé, mais LUI, Monseigneur, le Démon…

    BOULGAKOV

 Parce que toi, tu l'as prié de m'aider. En effet, Marguerite, affolée par la mélancolie qui commençait à me consumer, se décida à invoquer Satan. Celui-ci -ô surprise effroyable !- me téléphona à la maison, peu de temps après le suicide de Maïakovski, pour me demander en quoi il pouvait m'être utile.

    TOUS –

Satan vous a téléphoné ?

    BOULGAKOV

 

Parfaitement. Et c'est Marguerite qui me dicta la réponse. Peu après, je fus réintégré au Théâtre d'Art de Moscou en qualité de Directeur Adjoint. Et ma pièce sur les « blancs » de Kiev, tant dénigrée par Maïakovski, fut de nouveau présentée avec l'appui officiel et explicite du Prince des Ténèbres Soviétiques, Joseph Staline !

    TOUS

Staline !!

    BOULGAKOV

 Oui, Staline. Je n'avais plus que 10 ans à vivre et, d'après notre pacte, je devais écrire un livre sur le tyran, vantant ses réalisations dans le monde agricole. Conseillé par Marguerite, je fis semblant de consacrer la plus grande partie de mon temps à la rédaction de ce dithyrambe. En réalité, j'écrivais en secret mon Faust, dans lequel je réglais mes comptes avec le régime stalinien, et bien sûr, avec moi-même…

    MARGUERITE N.

 Et en mon honneur, il appela son Faust, Le Maître et Marguerite.

    MAGGIE

Quelle élégance, quel beau geste d'amour pour une femme ! Dès à présent, je lui mets 7 !

    WAGNER

(Dépassé par les évènements)

 Ne nous précipitons pas, s'il vous plaît ! Herr Lessing, que pensez-vous du Faust de Monsieur Boulgakov ?

    LESSING

 

C'est un Faust très original, grâce au rôle attribué à la femme. Le texte est délicieux, plein d'un comique digne de Marlowe. Certes, l'écrivain soviétique détourne le mécanisme traditionnel du mythe, car c'est Marguerite et non Faust qui invoque le Diable et pactise avec lui. Le mythe faustien, traditionnellement masculin, se féminise. Pour ces raisons, j'attribue au Maître et Maguerite la note 7, comme Fräulein Maggie.

    WAGNER

 Moi aussi je lui mets 7 ! Conclusion : la commission a l'honneur d'annoncer que le Docteur Mikhaïl Boulgakov a obtenu son doctorat en faustologie avec la note la plus haute : 21 sur 21. Bravo Mikhaïl Boulgakov !

LUST –

(Furieuse)

 

Ah non ! On ne va pas donner le premier prix à un écrivain communiste ! Ça alors ! Si j'avais su, je ne serais jamais venue… Paul, mon petit poupougnon,618 on s'en va !


(On entend des cris et des coups sur la porte d'entrée, qui finit par céder. Une foule d'artistes et d'écrivains entre et, parmi eux, les auteurs qui ont déjà participé à l'examen de faustologie. Goethe a changé de tenue. Il est à présent vêtu d'une redingote puce, dans l'échancrure de laquelle luit un foulard d'un blanc immaculé, piqué en son centre d'une épingle d'or.
619  Liszt fait entrer son piano par une fenêtre, tandis que Murnau précède ses cameramen…)


    TOUS

 

Magouille ! Magouille ! Magouille !

    LUST –

(Profitant de la confusion, elle s'approche de Marguerite Nikolaïevna et lui donne une gifle.)

Tiens, salope !

(Elles roulent toutes les deux sur le sol, luttant et s'arrachant les cheveux. Valéry et Boulgakov essaient de les séparer, mais ils sont interpellés à leur tour par d'autres écrivains. La bagarre devient générale, malgré les efforts de Pessoa pour calmer les esprits.)

    MURNAU –

(Il brandit un revolver et tire en l'air)

Lumière ! Musique ! Action !

(Liszt, qui a mis un chapeau de cow-boy, joue au piano une polka texane, tandis que Murnau démarre le tournage d'une scène en rien différente d'une rixe de « saloon » au Far-West. De son côté, Maggie s'est réfugiée dans la Fornicatiozimmer, suivie par Goethe. Affolé, Pessoa protège sa malle pleine de manuscrits et chuchote quelque chose à l'oreille de Lessing.)

 


    LESSING

 (Au milieu du tumulte)

STOP !

(Chacun reste en silence figé à sa place)

Quoi ? Vous aussi vous voulez passer votre examen de faustologie ? C'est trop tard ! Fernando Pessoa arrive toujours trop tard ! Il est mort quasiment inconnu dans sa Lisbonne natale. Ce n'est que maintenant que son Faust ésotérique -celui qui s'approche au plus près de la Vérité- commence à être connu dans le monde entier. Mais Pessoa restera un éternel inconnu en Enfer. Et cela, parce que trop timide ! Voilà le châtiment que vous méritez pour penser, penser et penser !…

PESSOA

    (Un coup de tonnerre assourdissant retentit, suivi d'éclairs et de fumerolles qui présagent l'apparition du Malin. Obscurité.)

 

 

 

 

 


        
Méphistophélès by Eric Deschamps

SCENE VII et FINAL
    (Coups de tonnerre. Entrent Lucifer, Belzébuth et Méphistophélès,620 qui descendent d'un vaisseau spatial, précédés de Maggie. Belzébuth est couronné par de grandes cornes ornées de cinq ramifications.621 Tous trois sont habillés en médecins. Maggie porte une guêpière rouge phosphorescente, des cuissardes à talons aiguilles. Elle agite un terrible fouet.)

BELZEBUTH

 (S'adressant à ses acolytes)

 Chers assistants, Vénérable Méphistophélès, Estimé Lucifer. Nous remontons de l'infernal Hadès pour voir tous les sujets de notre monarchie, ces âmes dont le vice a fait les fils noirs de l'Enfer. Faust est leur chef.622  Alors, nous allons récompenser ces incorrigibles écrivains. Même morts, ils continuent à se disputer entre eux. Chacun veut être le plus grand, le plus beau, le plus célèbre. C'est pour cela qu'ils sont tous en Enfer. Orgueil, luxure, envie, lâcheté, avarice, traîtrise, gourmandise, paresse, colère ! Les 7 péchés capitaux ne sont pas assez nombreux pour définir la conduite de ces tristes sirs…

(Tonitruant)

Tout le monde à quatre pattes et le cul en l'air ! Maggie ! Fidèle prêtresse : donnez-leur le châtiment qu'ils préfèrent !

 

 

 

MAGGIE

Salvete Orientis Princeps Belzebub !623

(Elle fait claquer son fouet au-dessus de leur tête et s’apprête à flageller les faustologues.)


WAGNER

(Claquant des dents)

Ce n'est pas ma faute, Haute Révérence !624 Je ne suis pas écrivain ! Faites-moi grâce et pardonnez au malheureux que je suis toutes les manifestations irrespectueuses, volontaires et involontaires envers votre Essence Sacrée !625 Je ne suis qu'un simple Interne en Médecine, rien de plus ! Je suis venu ici uniquement pour soutenir ma thèse de doctorat ! Je n'ai jamais lu un seul Faust, je vous le jure !

    BELZEBUTH

Tant mieux !

    WAGNER –

(Rassuré)

Merci pour votre compréhension, Monsieur Belzébuth. Soit dit en passant, je vous rappelle que vous n'avez toujours pas passé votre examen de faustologie. Pour le moment, Boulgakov est le premier de la classe et Goethe le dernier.

BELZEBUTH –

 Ha ! Ha :! Ha ! Je te remercie mon bon vieux de m'avoir rappelé cela.626  Mais Belzébuth n'a pas besoin de passer d'examen. Par contre toi, tu es venu dans mon château pour passer ton doctorat ! Maggie : demandez à ces Messieurs quelle note ils attribuent à cet aspirant plef-perf-nouf !

MAGGIE –

(Fouettant à droite et à gauche)

Répondez, espèce de vauriens, chiens exécrables !627

TOUS, UN par UN

 Zéro, zéro, zéro, zéro, zéro, zéro !…

BELZEBUTH –

 Ha ! Ha ! Ha ! Wagner a été recalé avec un zéro ! Jamais il ne sera Docteur !

 

(Coups de tonnerre, éclairs, obscurité totale.)


 

 

 

 

FINAL

WAGNER

(Eclairé par un faisceau de lumière blanche, il se réveille assis face à sa table de travail, la tête posée sur ses livres.)

Quel cauchemar affreux ! Et je n'ai toujours pas passé mon examen ! Qu'étais-je donc en train de rêver ? Les images m'échappent… Il faut que je les retienne… Qu'est-ce que j'ai vu en dernier ? Belzébuth escorté par Méphistophélès et Lucifer ! Diable !… Le Diable existe-t-il ou pas ? En tout cas, il existe dans ma fantaisie, comme une création de mon esprit…628 Folle fiction ! Et dans la réalité ? …

(Il se retourne vers les spectateurs comme pour leur demander de l'aide)

 Mais la fiction ne fait-elle pas partie de la réalité ? Si. Si. Je recommence : le Diable fait partie de la réalité par le truchement de la fiction. Et qui maîtrise le va et vient de la fiction en moi ? La conscience ? Et la conscience ? Qu’est-ce que la conscience ?…

 

(Tête basse, il s'assoit dans un coin, se gratte la tête en réfléchissant. La lumière commence à baisser. Obscurité.)




RIDEAU

 

 

 


INDICE FAUSTOLOGIQUE

« L’apparence et le jeu se heurtent à la conscience de la littérature. La littérature veut cesser d’être une apparence et un jeu, elle veut devenir une connaissance lucide (…) Avec un profond souci je me demandais quels efforts, quels trucs intellectuels, quels biais et quelles ironies seraient nécessaires pour sauver la littérature, la reconquérir et réaliser une œuvre qui sous le travesti de la naïveté, révèlerait l’art de connaissance lucide grâce auquel elle a été obtenue.»629

                                                                                                                                                                                                                Thomas MANN

Doktor Faustus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   Mephistopheles flying over Wittenberg, in a lithograph by Eugene Delacroix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   PORTRAIT DE F. PESSOA  : “LENDO OPHEU” – ALMADA NEGREIROS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  ALMADA NEGREIROS

 

PORTRAIT DE FERNANDO PESSOA

Retrato de Fernando Pessoa (Portrait de Fernando Pessoa). Almada Negreiro 

 

http://dubleudansmesnuages.com/?p=5906

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   537   GOETHE, Faust, La nuit de Walpurgis
(
Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.141)

 

SERVIBILIS
Tout à l'heure, on va recommencer
Une pièce nouvelle
, la dernière de sept pièces ;
C'est l'usage d'en donner ici ce nombre.
Un dilettante l'a écrite,

Et des dilettantes aussi la jouent.

 

 

SERVIBILIS

Gleich fängt man wieder an.

Ein neues Stück, das letzte Stück von sieben;

So viel zu geben, ist allhier der Brauch.

Ein Dilettant hat es geschrieben,

Und Dilettanten spielen’s auch.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   538 VALERY, Mon Faust, Acte III, Scène 4
(Col. Idées, Ed. Gallimard, 1946, p.119)

 

 

LE DISCIPLE

… … Qu'est-ce que je fais ici ? Et quelle heure est-il ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  539 - VALERY – Mon Faust- Acte III – Scène 4

(Col. Idées, Ed. Gallimard, 1946, p.119)

 

 

 

LE DISCIPLE

Mais je rêve peut-être encore

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



        540  BUTOR-POUSSEUR « VOTRE FAUST » DEUXIEME PARTIE

 

(NRF, Paris MCMLXII, p. 51)

 

BM : MamamimamimamimimimaMaggy grande loterie du tour de France les lèvres rouges la langue rouge….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


     541  BOULGAKOV « Le Maître et Marguerite », PII, X

(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.427)

-                                                                    « Bah ! Mais c'est la maison des Ecrivains ! Sais-tu, Béhémoth que j'ai entendu dire

-                                   beaucoup de choses excellentes et fort flatteuses sur cette maison. Observe, mon ami, cette maison attentivement.

-                                                                   C'est un plaisir de penser que sous ce toit se cache et mûrit toute une masse de talents. »

 

 

 

(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА - p.437)

 

Ба! Да ведъ зто писательский дом. Энаешь, Бегемот, я очень много хорошего и лестного сльшал про этот дом.

Обрати внимание, мой друг, на этот дом! Приятно думать о том, что под этой крьшей скрывается и выэревает целая бездна талантов.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-        
   542   MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 5


(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.205)

 

 

LE CHARRETIER
Venez, mes seigneurs, je vais vous emmener là où on trouve la meilleure bière d'Europe. Holà, l'hôtesse ! sont les filles ?


CARTER

Come, my masters, I’ll bring you to the best beer in Europe.

What ho hostess! Where be these whores?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

543  BOULGAKOV  « Le Maître et Marguerite », PI, XVIII

 

 

(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.250)

Pour un mignon tablier de dentelle et une petite coiffe de dentelle blanche sur la tête.


(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 271)

 

Открыла дверь девица, на которой ничего не было, кроме кокетливого кружевного фартучка и белой аколки на голове.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




        

-        

-        

-        

-        

-        

-        

 

 

 

 

 

 

 

-       

 

 

 

 

 

 

 

-         -        

-        

-           544  GOETHE, « Faust I» Cabinet de travail


(
Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.60)

 

L’ECOLIER
Je ne suis ici que depuis peu,
Et je viens, plein de dévotion,
Pour écouter et connaître un homme
Que chacun ici nomme avec respect.
            /…/
Ma mère pouvait à peine se décider à me laisser partir ;
Je voudrais bien apprendre ici quelque chose de bon.

 

SCHÜLER

Ich bin allhier erst kurze Zeit,

Und komme voll Ergebenheit,

Einen Mann zu sprechen und zu kennen,

Den alle mir mit Ehrfurcht nennen.

/..../

Möchte gern was Rechts hieraussen lernen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



-      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
  

     545  ANONYME « HISTOIRE DU DOCTEUR JOHANN FAUST », 14

 

 

(Historia del Doctor Johann Fausto, Anónimo del siglo XVI, Ed. Siruela, 2004, p.68)

 

Pero en todas sus opiniones y pensamientos era Fausto un hombre irresoluto y carente de fe y esperanza.

 

 

 

Mais, dans toutes ses opinions et tous ses jugements, Faust était un homme indécis et dépourvu de foi et d’espérance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   546 GOETHE, « Faust » Le jardin de Marthe, p.116

MARGUERITE
Sa présence me remue le sang.
D'ordinaire, je veux du bien à tous les hommes ;
Mais autant j'ai soif de te voir,
Autant j'éprouve devant cet homme une secrète horreur,
Et je le tiens en outre pour un coquin !
Dieu me pardonne si je lui fais tort.

 

MARGARETE

Seine Gegenwart bewegt mir das Blut.

Ich bin sonst allen Menschen gut;

Aber wie ich mich sehne, dich zu schauen,

Hab’ich vor dem Menschen ein heimlich Grauen,Und halt’ihn für einen Schelm dazu!

Gott verzeih mir’s, wenn ich ihm unrecht tu’!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

547) LESSING, D.Faust, Acte I, Scène 4

 


Wer ist der Mächtige, dessen Rufe ich gehorchen muss!
Du? Ein Sterblicher? Wer lehrte dich diese gewaltige Worte ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   548) M.PETIT, Le Troisième Faust, Acte I, p.96

 


Dix mille dollars ! Où diable était enfoui le manuscrit de Faust ?

 

Verrai-je enfin, avant que le soleil ne se couche, s'ouvrir les portes du sanctuaire où était conservé le livre des livres, à l'abri des regards

 

profanes et de la poussière du siècle ?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

549 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XXV

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.312)

 

- Radotage !


(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.230)

 

Faseley!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
550 -  GOETHE, Faust I, La nuit


(
Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.20)

 

WAGNER
-Excusez ! C'est une grande jouissance
Que de se plonger dans l'esprit des temps passés

De voir, ce qu'avant nous un homme sage a pensé,
Et comment, en fin de compte, nous avons progressé
jusqu'à des hauteurs si merveilleuses.

WAGNER
-Verzeiht ! es ist ein gross Ergetzen,

Sich in den Geist der Zeiten zu versetzen ;

Zu schauen, wie vor uns ein weiser Mann gedacht,

Und wie wir’s dann zuletzt so herrlich weit gebracht.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 
551 - BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, PII, V

 

 

(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.331)

 

-Reine… mon oreille va enfler… pourquoi gâter le bal à cause d'une oreille enflée ? …

Juridiquement parlant, d'un point de vue juridique

Je me tais, je me tais, considérez que je ne suis plus un chat, mais un poisson.

 



(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 342)

 

- Королеваухо вспухнетЗачем же портитьбал вспухшим ухом?…

Я говорил юридически…с юридической точки

Молчу, молчуСчитайте, что я не кот, а рыба, только оставьте ухо.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
552 - GOETHE, Faust, La chambre de Gretchen

(Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.113)

 

 

GRETCHEN (au rouet, seule)


Sa Noble allure,
Sa fière stature ?
Le sourire de sa bouche,
L'éclat de ses yeux,


 

GRETCHEN (am Spinnrade, allein)


Sein hoher Gang,

Sein’edle Gestalt,Seines Mundes Lächeln,

Seiner Augen Gewalt,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   553 - BUTOR-POUSSEUR : Votre Faust, Deuxième Partie

 

(NRF, MCMLXII, p.88)

 

Arrive le fantôme de Maggy (robe verte, le visage recouvert d’un suaire blanc, démarche de somnambule).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


554- GOETHE, Faust I, Un cachot

 

(Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.150)

 

 

MARGUERITE (se cachant sur son grabat)


Hélas ! hélas
! Ils viennent, Mort amère !

 

 

MARGARETE (sich auf dem Lager verbergend)


Weh ! Weh ! Sie kommen. Bittrer Tod !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   555 - GOETHE, Faust I, Un cachot


(
Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.155)

 

MARGUERITE
Le jour ! oui, le jour vient ! mon dernier jour paraît !
Ce devait être mon jour de noce !

MARGARETE

Tag ! Ja, es wird Tag ! der letzte Tag dringt herein!

Mein Hochzeittag sollt’es sein!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
556 - GOETHE, Faust I, Un cachot

(Col. Bilingue, Ed. Aubier Montaigne, Trad. Henri Lichtenberger, p.121)

 

GRETCHEN (place des fleurs fraîches dans les vases)

/…/
Où que j'aille,
J'ai si mal, si mal, si mal,
Ici, au fond du sein !
A peine, hélas ! suis-je seule,
Que je pleure, pleure, pleure,
Mon cœur se brise en moi.


GRETCHEN (steckt frische Blumen in die Krüge)

/.../

Wohin ich immer gehe,

Wie weh, wie weh, wie vehe

Wird mir im Busen hier!

Ich bin, ach! Kaum alleine,

Ich wein’, ich wein’, ich wein’,

Das Hertz zerbricht in mir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 557 - PESSOA, Faust, Quatrième Acte, p.196


(Christian Bourgois Editeurs, 1990, Trad. Pierre Léglise-Costa et André Velter, p.196)

 

Bon buveur, bois-moi bien,
Bois-moi bien, bon buveur ;
La vie ne recèle qu'un seul bien
Vois sa couleur, c'est le vin !


(chœur)


La vie est un seul jour et la nuit une horreur
Bois-moi, bois-moi bien, bon buveur.


(Fausto, Texto estabelecido por Teresa Sobral Cunha, Editorial Presença, p.140)

 

Bom bebedor, bebe-me bem

Bebe-me, bom bebedor.

Só uma cousa boa esta vida tem

E o vinho: mira-lh’ a cor!

 

Coro

 

A vida é um dia e a morte um horror

Bebe-me, bebe-me, bom bebedor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
558 - PESSOA, Faust, Quatrième Acte, p.198

(Christian Bourgois Editeurs, 1990, Trad. Pierre Léglise-Costa et André Velter, p.198)


Tous : Bravo ! Bravo !

Faust : Qui a écrit cette chanson ?

 

 

(Fausto, Texto estabelecido por Teresa Sobral Cunha, Editorial Presença, p.141)

 

Todos : Bravo! Bravo!

 

Faust : A quem escreveu essa canção?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



  
559 - PESSOA, Faust, Quatrième Acte,

 

 

(Christian Bourgois Editeurs, 1990, Trad. Pierre Léglise-Costa et André Velter, p.198)

 

Faust :C'est toi, camarade ?


(Fausto, Texto estabelecido por Teresa Sobral Cunha, Editorial Presença, p.141)

 

Faust : Não foi o camarada?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
560 - PESSOA, Faust, Quatrième Acte, p.198

 

(Christian Bourgois Editeurs, 1990, Trad. Pierre Léglise-Costa et André Velter, p.198)

 

Fred

Ecrire des vers, moi ?
Non. La chanson je l'ai apprise, il y a bien longtemps.
C'est peu de chose, juste une façon de crier.

 

 

 

(Fausto, Texto estabelecido por Teresa Sobral Cunha, Editorial Presença, p.141)

 

Fred

Versos, eu?

Nada aprendi-a, e há o tempo. É pouca coisa,

Uma maneira qualquer de berrar.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
561 - BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, PI, XVII


(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.233)

 

Debout, tremblant, le comptable resta coi.

 

 

(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 255)


Подавившись рыданием, она перевела дух, но понесла что-то уж свсем несообразное :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
562 - LENAU, Faust, Le visiteur


(Col. Bilingue, Ed Aubier-Montaigne 1971, Trad. J-P Hammer, p.76/77)

 

WAGNER
Que Dieu nous garde ! Quel était donc cet étranger ?


WAGNER

Gott sei mit uns ! – wer war der fremde Mann?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
563 - BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, PII, IV

 

 

(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.314)

-Absolument pas, Messire, se reprit Marguerite d'une voix douce mais distincte.

 

 

 

(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 327)

 

Ни в каком случае, мессир, -справившись с собой, тихо, но ясно ответила Маргарита и, улыбнувшись, добавила :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

564 - LENAU, Faust, Goerg

(Col. Bilingue, Ed Aubier-Montaigne 1971, Trad. J-P Hammer, p.278/279)

 

 

LIESCHEN

(la plus belle des filles d’adresse à Faust)
Vous êtes un homme magnifique, oh ! faites-moi
Danser la plus belle danse de ma vie !

LIESCHEN

Die schönste Dirne, zu Faust

Ihr seid ein herrlicher Mann, o führt

Zum Tanz mich, dem schönsten in meinem Leben!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


    565 - M.PETIT, Le Troisième Faust, Acte III, p.84

 

En bref, un présomptueux, un fat, un chimérique, qui ne songe qu'à lui tout en donnant des leçons de sagesse au monde entier ;

un sot, qui pense que l'esprit se fixe en formules ; un imposteur, qui depuis plus de soixante ans, nous mène en bateau, d'une île à l'autre,

sous prétexte de nous faire découvrir des terres inconnues qui n'existent pas ; un séducteur, un don Juan de village,

qui nous fait succomber pour mieux nous reprocher , ensuite, le vieux Tartuffe, d'avoir pris pour argent comptant ses beaux discours,

et pour des lanternes trois ridicules vessies de porc gonflées de vent !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
566 - LENAU, Faust, La forge

(Col. Bilingue, Ed Aubier-Montaigne 1971, Trad. J-P Hammer, p.150/151)

 


Le chemin se déroule au milieu des champs verts qui ondulent,
A travers les nobles chênaies de l'Autriche.538

 

 

Es zeiht der Weg durch grüne Wogenfelder,

Durch Österreichs erhabne Eichenwälder.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 



  
567 - LENAU, Faust, Goerg


(Col. Bilingue, Ed Aubier-Montaigne 1971, Trad. J-P Hammer, p.278/279)

 

 

 

 

LIESCHEN
Enlace-moi, toi le plus beau de tous, dans cette ronde bienheureuse !

LIESCHEN

Umschlinge mich, Schönster, zum seligen Reigen !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



  
568 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 3

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.195)

 

FAUST
Voyez, ces arbres bougent à mon commandement
Et forment un rempart entre vous et moi
Pour me protéger de votre odieux guet-apens.

FAUSTUS

/../ For lo, these trees remove at my command

And stand as bulwrks’twixt yourselves and me

To shield me from your hated treachery.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

569 – ANONYME – Histoire du Docteur Johann Faust, 16

 

(Historia del Doctor Johann Fausto, Anónimo del siglo XVI, Ed. Siruela, 2004, p.78)

 

Además, en cuanto se quedaba solo y quería pensar en la palabra de Dios,

se le acercaba el Demonio en forma de una bella mujer y se entregaba con él a toda suerte de desenfrenos,

 por lo que pronto olvidó y despreció la palabra divina, persistiendo en sus malos propósitos.  

 

 

De plus, dès que je restais seul, voulant penser à la parole de Dieu,

 le Diable s’approchait de moi sous la forme d’une belle femme et je m’adonnais avec lui à toutes sortes d’excès,

aussitôt oublieux de la parole divine,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
570 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte III, scène 1

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.137)

 

MEPHISTOPHELES
Imagine ensuite ce qui te plaît le mieux
De tous les tours de ton art pour contrarier le Pape,

 

MEPHISTOPHELES

/…/ And then devise what best contents thy mind,

By cunning in thine art, to cross the pope,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   
571 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 1

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.183)

 

FAUST
Mon gracieux Seigneur, ce n'est pas tant pour l'affront qu'il m'a fait,

que pour le plaisir de divertir Votre Majesté, que Faust a justement puni cet insolent chevalier.  

 

FAUST

My gracious lord, not so much for injury done to me as to delight your majesty with some mirth hath Faustus justly requited this injurious kniht ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
572 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 6, p.227

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.227)

 

LE DUC
Mais nous aussi, madame. Il sera récompensé
Par notre amour et par tous nos bienfaits.
Son art est un plaisir qui chasse les idées noires.

 

DUKE

So are we, madam, which we will recompense

With all the love and kindness that we may.

 His artful sport drives all sad thoughts away.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

573 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 6

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.225)

 

 

LA DUCHESSE
Monseigneur,
Nous sommes très redevables à cet homme si savant.

 

DUCHESSE

My lord,

We are much beholding to this learned man.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



  
574 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte V, scène 2

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.247)

 

 

PREMIER CLERC [au troisième clerc]
Ne tente pas Dieu, mon doux ami.

Passons plutôt dans la salle à côté et là, prions pour lui.

 

FIRST SCHOLAR [to the Third Scholar]

Tempt not God, sweet friend, but let us into the next room and pray for him.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   
575 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 1

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.181)

 

FAUST
Comment ça monsieur ?

Je croyais que le docteur
 n'avait ni talent
Ou faire apparaître devant ce royal Empereur,
Ni art, ni dons pour présenter à ces seigneurs
Le puissant monarque, le martial Alexandre !

 

FAUST

O, say not so, sir. The doctor has no skill,

No art, no cunning to present these lords

Or bring before this royal emperor

The mighty monarch, warlike Alexander.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

576 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 6

 

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.213)

 

 

FAUST

Mais vous, miss Maggie, peut-être ?

 

FAUST

But, gracious lady, it may be that you have taken no pleasure in those sights.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

577 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 5

 

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.207)

 

 

L’HÔTESSE
Mais qui est-ce qui reste là tout seul dans son coin, sérieux comme un pape ?

Mais c'est mon vieux client !

 

HOSTESS

Who’s this that stands so slemnly by himself ? (To Robin)

What, my old guest?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   578 - VALERY, Mon Faust, Acte II, Scène 1

 

(Col. Idées, Ed. Gallimard, 1946, p.54)

 

Faust :

Soyez le bienvenu, Monsieur. Ne soyez jamais ému devant un homme.


Le Disciple :

Vous n'êtes pas un homme, Maître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   579 - VALERY, Mon Faust, Acte II, Scène 1


(Col. Idées, Ed. Gallimard, 1946, p.54)

 


Maître… Mon Maître… (Révérence)  Est-il possible !  Je vous salue respectueusement… Je m'excuse… Je suis si ému…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   580 - T.MANN, Le Docteur Faustus, I

 


(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.19)

 

Pourtant, on ne saurait le contester, nul n'a jamais mis en doute que dans cette sphère radieuse,

l'élément démoniaque et irrationnel a toujours tenu un rôle inquiétant.

Entre elle et le royaume inférieur, un lien existe, propre à susciter un léger effroi.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.8)

 

Und doch ist nicht zu leugnen und ist nie geleugnet worden, daß an dieser strahlenden Sphäre

das Dämonische und Widervernünfitge einen beunruhigenden Anteil hat, daß immer eine leises Grauen erweckende

Verbindung bestecht zwischen ihr und dem unteren Reich,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   581 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XIII

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.143)


En effet, grâce à sa dialectique, il haussait, si j'ose m'exprimer ainsi, le scandale du péché jusqu'à la sphère divine, l'enfer jusqu'au plan de l'empyrée,

expliquait que le maudit était en corrélation nécessaire et innée avec le sacré et

celui-ci une perpétuelle tentation satanique, une invite presque irrésistible à la pollution.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.101)

 

Denn er nahm, wenn ich mich so ausdrücken darf, dialektisch den Lästerungsaffront in das Göttliche, die Hölle ins Empyreum auf,

erklärte das Verruchte für ein notwendiges und mitgeborenes Korrelat des Heiligen und

dieses für eine beständige satanische Versuchung, eine fast unwiderstehliche Herausforderung zur Schändung.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
582 - T.MANN, Le Docteur Faustus, V

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.53)


Combien je m'épouvante de ce " d'une façon ou d'une autre ", devant moi-même

et devant l'effroyable situation que le destin impose à la sensibilité allemande !

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.33)

 

Und wie entsetze ich mich bei diesem So oder so, vor mir selbst

und vor der schaurigen Zwangslage, in die das Schicksal das deutsche Gemüt gedrängt!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
583 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XIII

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.147)


Naturellement, la relation dialectique du mal avec le bien et le sacré

jouait un rôle important dans la théodicée, la justification de Dieu devant l'existence du mal dans le monde.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.104)

 

Natürlich spielte die dialektische Verbundenheit des Bösen mit dem Heiligen und Guten

eine bedeutende Rolle in der Theodizee, der Rechtfertigung Gottes angesichts des Vorhandenseins des Bösen in der Welt,

die in Schleppfußens Kolleg einen breiten Raum einnahm.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   
584 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XII

 


(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.139)


Je ne peux ni ne veux l'approfondir, mais je me dis que partout où l'on rencontre la théologie -et singulièrement lorsqu'elle s'allie à une nature aussi riche de sève que l'était Ehrenfried Kumpf,-

 le diable est inséparable du tableau et affirme sa réalité, complémentaire de celle de Dieu.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.98)

 

Ich kann und will nicht untersuchen, wieweit er an die persönliche Existenz des Widersachers glaubte, sage mir aber, daß, wo überhaupt Theologie ist –und nun gar, wenn sie sich mit einer so saftigen Natur wie der Ehrenfried Kumpfs

verbindet-, auch der Teufel zum Bilde gehört und seine komplementäre Realität zu derjenigen Gottes behauptet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
585 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XXXVI

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.510)

 

 

O Allemagne ! tu roules à l'abîme et je songe à tes espoirs.
/…/

Il est vrai, le désordre fantastique d'alors qui bafouait la terre entière et cherchait à l'épouvanter,

 contenait déjà en germe beaucoup de l'invraisemblance monstrueuse de l'excentricité, de tout cela qu'on n'eût jamais cru possible,

beaucoup du détestable sans-culottisme de notre comportement depuis 1933 et surtout depuis 1939.

 

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.387)

 

O Deutschland, du gehst zugrunde, und ich gedenke deiner Hoffnungen!

/.../

Es ist wahr, der phantastische, weltverhöhnende und als Weltschrecknis gemeinte Unfug von damals hatte schon viel von der monströsen

Unglaubwürdigkeit, der Exzentrizität, dem nie für möglich Gehaltenen, dem bösen Sansculottismus unserer

Aufführung seit 1933 und gar seit 1939.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
586 - T.MANN, Le Docteur Faustus, I

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.19)


… lorsqu'il s'agit d'un génie pur et authentique à la fois béni et infligé par Dieu,

et non d'un génie acquis et funeste, corruption coupable et morbide de dons naturels,

résultat d'un effroyable pacte

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, p.8)

 

/.../  wenn es sich um lauteres und genuines, von Gott geschenktes oder auch verhängtes Genie handelt

und nicht um ein akquiriertes und verderbliches, um den sünd- und krankhaften

Brand natürlicher Gaben, die Ausübung eines gräßlichen Kaufvertrages...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



  
587 T.MANN, Le Docteur Faustus, Epilogue

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.659)


Aujourd'hui, l'Etat monstrueux qui serrait dans ses tentacules le continent, et plus encore, a fini de célébrer ses orgies ;

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, Nachschrift  p.8)

 

An diese wäre jetzt, wo das Staatsungeheuer, das samals den Erdteil, und mehr als ihn, in seinen Fangarmen hielt, seine Orgien ausgefeiert hat,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
588 - T.MANN, Le Docteur Faustus, Epilogue

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.659)


A cette époque, l'Allemagne, les joues brûlantes de fièvre, titubait, à l'apogée de ses sauvages triomphes,

sur le point de conquérir le monde grâce à un pacte qu'elle était résolue à observer et qu'elle avait signé de son sang.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, Nachschrift  p.510)

 

Deutschland, die Wangen hektisch gerötet, taumelte dazumal auf der Höhe wüster Triumphe, im Begriffe, die Welt zu gewinnen kraft des einen Vertrages,

den es zu halten gesonnen war, und den es mit seinem Blute gezeichnet hatte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
589 - T.MANN, Le Docteur Faustus, Epilogue

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.666)


Aujourd'hui,  les démons l'étreignent, elle s'effondre, la main sur un œil, l'autre fixé sur l'épouvantable,

et roule de désespoir en désespoir.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, Nachschrift  p.510)

 

Heute stürzt  es, von Dämonen umschlungen, über einem Auge die Hand und mit dem andern ins Grauen starrend, hinab von Verzweiflung zu Verzweiflung.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
590 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XIII

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.149)

 

Car Dieu lui avait accordé sur l'œuvre de chair un pouvoir magique plus grand que sur toute autre action humaine ;

non point seulement à cause de l'obscénité extérieure de cette pratique, mais surtout parce que la perversité du premier père s'était transmise

au genre humain sous la forme de péché originel.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, XIII, p.105)

 

Denn größere Hexenmacht hatte ihm Gott zugestanden über den Beischlaf als sonst über jede menschliche Handlung:
nicht nur wegen der äußeren Unflätigkeit dieser Verübung, sondern vor allem, weil die Verderbtheit des ersten Vaters

als Erbsünde dabei auf das ganze Menschengeschlecht übergegangen war.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
591 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XIX

 

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.215)

 

De la bouche du visiteur elle apprit aussi qu'il avait entrepris ce voyage à cause d'elle, -et pour l'en remercier,

elle le mit en garde contre son corps. Je le sus par Adrian ; elle l'avertit.



(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, XIX, p.154)


Sie erfuhr auch aus seinem Munde, daß er die Riese hierher um ihretwillen zurückgelegt habe, -und sie dankte es ihm,

indem sie ihn vor ihrem Körper warnte. Ich weiß es von Adrian: sie warnte ihn;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

592 - BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, PI, XVIII

 

 

(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.255)

 

- Très mauvais ! déclara catégoriquement le maître de maison. Il y a, si vous le permettez,

quelque chose de malsain chez un homme qui fuit le vin, le jeu, la compagnie des femmes charmantes

et les conversations d'après-dîner. De tels gens, ou bien sont gravement malades, ou bien haïssent en secret leur entourage.

Il est vrai que des exceptions sont possibles

 

 

(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 275)

 

Совсем худо, -заключил хозяин,- что-то, воля ваша, недоброе таится в мужчинах, избегющих вина, игр, общества прелестных женщин, застольной беседы.

Такие люди или тяжко больны, или втайне ненавидят окружающих.

Правда, возможны исключения.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

593 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XVII, p.203

 

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.203)

Prude, je ne l'ai jamais été et si je m'étais trouvé dans le cas d'être ainsi mené par le nez,

à Leipzig, j'aurai su, moi, faire bon visage.

 

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, XVII, p.146)

 

-ich war niemals prüde und hätte, wäre mir jene Leipziger Nasführung zugestoßen, schon gute Miene dazu zu machen gewußt-,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

594 - T.MANN, Le Docteur Faustus, XVII

 

(Ed. Albin Michel, 1950, Trad. Louise Servicien, p.203)

 

Le domaine de l'amour, du sexe, de la chair, n'était jamais abordé

dans nos entretiens d'une façon intime.

 

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, XVII, p.146)

 

So sonderbar es in Ansehung unserer alten Kameradschaft klingen mag,

-          das Gebiet der Liebe, des Geschlechtes, des Fleisches war niemals in unseren Gesprächen

-          auf eine irgend persönliche und intime Weise berührt worden;

 

 

p.204

De femmes, d'épouses, de filles, d'amourettes, il n'était pas question

parmi les membres de la confrérie.

 

(Doktor Faustus, Fischer Taschenbuch Verlag, 1986, XVII, p.147)

 

Von Frauen, Weibern, Mädchen, Liebesverhältnissen war zwischen den Kommilitonen nicht die Rede.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  595 - MARLOWE, Doctor Faustus, Acte IV, scène 6, p.215

(Col. Bilingue, Ed. Flammarion,1997, Trad. F. Laroque et J-P Villquin, p.215)

 

LE DUC
Qui sont ces grossiers trouble-fête à notre porte ?
Allez, qu'on calme leur tapage ! Qu'on leur ouvre
Et puis qu'on leur demande ce qu'ils viennent faire ici.


 

DUKE

What rude disturbers have we at the gate ?

Go pacify their fury. Set it ope,

And them demand of them what they would have.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  
596 - VALERY, Mon Faust, Acte II, Scène 4


(Col. Idées, Ed. Gallimard, 1946, p.82)

 


" Que, baisant à pleine bouche la personne que j'ai dite,

 

je dus prendre avant toute chose, et sans autres formes ni paroles,

 

je ne sais quelle revanche furieuse dans l'amour,

 

contre tant de bonheur spirituel brusquement accordé, après tant de… "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  597 - BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, PII, VI

 


(Ed. Robert Laffont, 1968, Trad. C.Ligny, p.352)

 

Dans son trouble, elle n'avait pas remarqué qu'elle avait cessé, tout à coup,

d'être nue, et qu'elle portait maintenant un manteau de soie noire.

 

(школьная Библиотека - М.А. Булгаков - МАСТЕР И МАРГАРИТА – p 362)

 

а Маргарита бросиласьна колени, прижалась к боку больного и так затихла.

В с&#