Le mystère des langues interchangeables

La Société des Hommes Céleste - p.108/109

Notre professeur de castillan –le ‘Señor Tolosa’– un linguiste polyglotte qui allait par la suite devenir abbé de l’Ordre de Saint Benoît à Santiago, nous avait lu en classe une nouvelle extraordinairement drôle et vivante. Ravi par l’histoire, je m’étais approché du professeur après le cours pour le prier de me prêter son livre car je voulais lire toutes les autres nouvelles. «Tiens ! –me dit-il avec des yeux rieurs–. Je te le prête si tu peux vraiment le lire». Et il me montra son livre écrit dans une langue pour moi inconnue et illisible. C’était du russe et l’auteur, Tchékhov ! La magie enchanteresse du récit, le mystère des langues interchangeables, l’excellence de la littérature comme source de connaissance et de plaisir, marquèrent immédiatement et pour toujours mon esprit. Par la suite je voulus, moi aussi, écrire des récits à la Tchékhov, mais je dus me contenter de quelques contes et poèmes maladroits et des exercices de composition castillane, où je m’amusais à réécrire à ma guise –en bouleversant leur structure– les textes qu’on nous lisait en classe.

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