La traduction intertextuelle

La Société des Hommes Célestes - p.437/438

 –Mon livre n’est pas un roman– corrigeai-je une fois de plus. –C’est un intertexte. Mais, si je rechute, j’essaierai la prochaine fois de vivre mon ‘délire’, comme vous dites, en termes de Divine Comédie. Imaginez un instant : au lieu d’être Faust, je serai Dante. Margaret sera Béatrice. Et vous, Virgile. Je donnerai à l’intertexte la forme d’une pyramide, divisée en trois parties, comme le poème dantesque. La première, la base, sera la plus obscure et la plus heurtée, et elle correspondra à l’Enfer. La seconde, lumineuse  mais abrupte, au Purgatoire. Et la troisième, la plus éclairée et la plus véloce, sera le Paradis Terrestre, alors que le sommet de la pyramide se contentera de signaler modestement, telles les petites flèches des tableaux de Paul Klee, le Paradis Céleste. D’ailleurs, j’écrirai cet intertexte en plusieurs langues pour me libérer, entre autre, de l’emprise de la Langue Céleste, emprise favorisée par le monolinguisme qui caractérise le roman.
–Bravo ! De mieux en mieux !– s’écria Wagner. –Pouvez vous nous expliquer comment vos intertextes polyglottes seront traduits ?
–Les intertextes ne se traduisent pas, Wagner. Les intertextes se ré-écrivent dans d’autres langues, tout en incorporant des nouveaux jeux intertextuels permis par les nouvelles langues utilisées. Ainsi le traducteur cessera d’être un simple transcripteur de textes et deviendra un écrivain d’un niveau comparable à celui de l’auteur ‘originel’.

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