Mettons-nous d'accord : langues ou langages?

 

 

Les mots en couleur foncée font partie des paraphrases structurées autour du texte original de Bakhtine en clair (Esthétique et Théorie du roman), repris en intertextualité dans le "Dialogue intertextuel avec Bakhtine".

 


 

 


Note 48

 Le style de l’intertexte, c’est un assemblage de styles; le langage  de l’intertexte, c’est un système où les « langues » jouent un rôle novateur. Mais dans l’intertexte on ne fait pas l’amalgame entre « langue » et « langage ». Malheureusement, Maître, l’usage de ces deux termes en tant que synonymes ouvre la porte à des ambigüités très fâcheuses.

 
Note 49

 L’intertexte c’est la diversité sociale de langages et de langues, diversité littérairement organisée. Ses postulats indispensables exigent que les langues nationales se stratifient en dialectes sociaux.


Note 51

 Comme c’est le cas pour « langue » et « langage », nous n’avons pas de définitions précises pour des termes tels que « multilinguisme », « plurilinguisme », « polylinguisme », utilisés souvent comme synonymes.

 
Note 52

 Nous n’envisageons pas non plus la langue comme un système de catégories grammaticales abstraites, mais comme une langue idéologiquement saturée, comme une conception du monde, voire comme une opinion concrète, comme ce qui garantit un maximum de compréhension mutuelle dans toutes les sphères de la vie idéologique.
Heidegger voyait dans l’allemand moderne et le grec classique les langues par excellence de la philosophie. Le français a été considéré jusqu’au XXe siècle comme la langue de choix de la diplomatie. (Au XIIIe, Dante considérait la « langue d’oïl » comme la langue la plus appropriée à la prose). L’anglais est devenu la langue préférée des businessmen et, maintenant, la langue de référence du monde cybernétique. Etc.

 

Note 57

 Pour éclairer un monde étranger, le poète ne recourt jamais au langage d’autrui comme plus adéquat à ce monde. Nous verrons que le prosateur intertextuel, quant à lui, tente de dire dans le texte et même dans la langue d’autrui, ce qui le concerne personnellement.

 
Note 60

 Tous les langages et toutes les langues du plurilinguisme intertextuel sont des points de vue spécifiques sur le monde. Ils se rencontrent et coexistent dans la conscience créatrice de l’artiste intertextuel

 
Note 61

 Des relations dialogiques (particulières) sont possibles entre les « langues », quelles qu’elles soient, ce qui signifie quelles peuvent être perçues comme des points de vue sur le monde.

 
Note 63

 Le langage littéraire est un phénomène profondément original, comme aussi la conscience linguistique de l’homme doté de culture littéraire, qui lui est corrélatée. En lui, la diversité intentionnelle des textes devient diversité des langages et des langues. Il ne s’agit pas d’un langage, d’une langue, mais d’un dialogue des langages et des langues.

 
Note 64

 A tous les âges de la littérature historiquement connus, la conscience littérairement active découvre des langages et des langues et non pas un langage et une langue.

 
Note 69

 La plurivocalité et le plurilinguisme intertextuel entrent dans l’intertexte et s’y organisent en un système littéraire harmonieux.

 
Note 71

 C’est précisément la diversité des langues et non l’unité d’une langue commune normative, qui apparaît comme l’un des éléments décisifs du style intertextuel. Ici le plurilinguisme intertextuel ne dépasse pas les limites de l’unité linguistique du langage littéraire, il ne devient pas une véritable discordance.

 
Note 72

 Ce jeu avec les langues n’atténue en aucune façon l’intentionnalité générale profonde, autrement dit, la signification idéologique de l’intertexte, produit multiculturel par excellence.

 
Note 73

 Une autre forme d’introduction dans l’intertexte et d’organisation du plurilinguisme est utilisée dans chaque intertexte, sans exception : il s’agit des paroles des personnages, des paroles d’autrui dans une langue étrangère.

 
Note 75

 Mais précisément parce que l’idée d’une langue unique est étrangère à la prose intertextuelle, la conscience prosaïque doit orchestrer ses intentions sémantiques propres. C’est seulement dans une seule langue, au sein des langues nombreuses du plurilinguisme, que la conscience prosaïque se trouve à l’étroit ; une sonorité linguistique unique ne peut lui suffire.

 
Note 76

 Le plurilinguisme introduit dans l’intertexte, c’est le discours d’autrui dans le langage et même dans la langue d’autrui, servant à réfracter l’expression des intentions de l’auteur.

 
Note 78

 La prose de l’art littéraire intertextuel présuppose une sensibilité à la concrétion et à la relativité historiques et sociales de la parole vivante, de sa participation aux multiples langues, au devenir historique et à la lutte sociale.

 

Note 79

 C’est ce qui détermine la visée tout à fait spéciale, contestée, contestable et contestant, du discours intertextuel : il ne peut, ni naïvement, ni de manière convenue, oublier ou ignorer les langues multiples qui l’environnent… comme c’est, d’ordinaire, le cas du roman.

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